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Pourquoi utiliser des insecticides s’il n’y a pas d’insectes à contrôler?

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La publication récente, le 26 février dernier, des résultats d’un important travail de recherche réalisé au Québec vient confirmer ce que plusieurs présumaient déjà : dans les conditions propres au Québec, ni le maïs ni le soya ne sont suffisamment attaqués par des insectes, en début de croissance, pour qu’il soit nécessaire d’appliquer des insecticides sur les semences. C’est pourtant une pratique courante. Lorsque les producteurs reçoivent les sacs de semences qu’ils ont commandés, qu’ils le veuillent ou non, les grains sont déjà enrobés d’une poudre comportant au moins un fongicide et un insecticide.

Une pratique bien établie
Depuis le milieu des années 1990, les néonicotinoïdes, ou « néonics », sont les insecticides les plus utilisés pour traiter les semences (maïs, soya, canola, coton et blé), si bien qu’on constate aujourd’hui des problèmes de contamination des milieux humides et des cours d'eau, problèmes qui comportent des risques importants pour la santé des producteurs et de la population en général. Bien sûr, on a aussi entendu parler de leurs conséquences sur les abeilles et les autres pollinisateurs. Au Québec, 500 000 hectares de culture sont traités de la sorte chaque année (soit presque tout le maïs et le canola et environ 50 % du soya) en guise de rempart contre les vers fil-de-fer, les mouches des semis et les hannetons, sans qu’un diagnostic préalable n’ait justifié leur emploi et sans preuve de dommages économiques.

En raison de la nouvelle réglementation du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques qui restreint l’usage des néonicotinoïdes depuis 2019, les compagnies de semences ont rapidement remplacé les molécules qu’elles utilisaient au profit d’une autre famille d’insecticides, à savoir les diamides. Ce changement dispense le producteur de l’obligation réglementaire d’obtenir une justification et une prescription agronomiques, mais, en réalité, cela ne fait que déplacer le problème : non seulement les nouveaux produits possèdent des indices de toxicité « extrêmement élevés » en ce qui concerne les organismes aquatiques (http://www.sagepesticides.qc.ca), mais aussi, pour le producteur, ils ne peuvent avoir d’effets plus positifs que les néonics, puisque les insectes visés ne présentent aucun risque! Et pourtant, la plus grande part de la superficie de maïs et de soya qui sera cultivée ce printemps au Québec le sera encore avec des semences traitées au moyen d’un insecticide.

Les grandes lignes de l’étude
Le travail de recherche évoqué plus tôt s’est déroulé dans 83 fermes de 7 régions différentes de 2012 à 2016 et il impliquait donc des conditions environnementales variées. Dans chacun des champs de maïs ou de soya, on a semé de grandes lisières avec ou sans néonicotinoïdes. Toutes les autres méthodes culturales étaient les mêmes pour les lisières avec ou sans néonics : date de semis, hybrides ou variétés, lot de semences, etc. Tout au long des saisons de culture, des observations et des mesures ont été faites : comptage et identification des insectes, établissement de la densité de peuplement des cultures, évaluation des dommages causés aux plantules, calcul du rendement de grains.

Quels résultats?
On n’a pas vu d’effet sur le rendement dans aucun des 83 sites étudiés, les parcelles ayant des semences traitées ou non donnant le même rendement en grains. On n’a pas noté plus d’effet sur le nombre d’insectes ou les espèces capturées. En fait, en 2015, on a dénombré plus d’insectes dans le sol des parcelles ensemencées de soya traité que dans les parcelles témoins. Aucune différence décelée non plus quant aux densités de peuplement du maïs ou du soya. Parfois il y avait plus de plantules de maïs présentant des dommages dans les témoins que dans les parcelles traitées (le soya n’a jamais été attaqué), mais sans autre incidence ni sur le peuplement ni sur le rendement. À aucun moment on n’a vu d’insectes ni d’espèces assez voraces et en nombre suffisant pour menacer la productivité des cultures de maïs ou de soya. L’espèce la plus commune, représentant 66 % des captures, a été le taupin trapu, espèce (de la famille des vers fil-de-fer) très peu vorace et incapable de voler. Autrement, très peu de dommages liés aux mouches des semis, aux hannetons ou aux perce-tiges n’ont été observés.

En pratique
Les semences doivent être préparées à l’avance et proviennent de l’Ontario la plupart du temps. Les producteurs québécois procèdent normalement à la planification et à la commande de semences l’automne précédant le semis, opération comportant une possibilité de modification qui se réduit à mesure que le printemps approche. Cela impose donc une exigence de plus pour la logistique et l’organisation des cultures : le producteur doit signifier de façon très claire au fournisseur de semences son intention ferme de ne pas utiliser d’insecticides, vu la difficulté supplémentaire pour un fournisseur de transmettre une demande spéciale en amont dans la chaîne de production des semences. Pour compliquer les choses, comme la demande est encore limitée, les compagnies semencières ne peuvent proposer pour le moment une gamme complète d’hybrides (ou de variétés) sous une forme non traitée. Bon nombre de semences ne sont tout simplement pas offertes sans insecticides. Tout cela ne fait que montrer à quel point le système doit être revu. Les commerçants ne devraient pas avoir le loisir de déterminer les besoins de leurs clients en matière d’insecticides.

Comme dans tout autre type de commerce, les fournisseurs de semences vont devoir satisfaire à la demande du client. Entretemps, le producteur peut quand même regarder ce que d’autres fournisseurs ont à offrir. À ce sujet, chaque année, au mois d’octobre, le Réseau d’avertissements phytosanitaires publie la liste des hybrides de maïs disponibles. Dans le cas du soya, la gamme est déjà plus étendue.

Il faut que le message issu de la recherche publique se rende plus facilement aux agronomes conseillers et aux producteurs pour que l’on cesse d’utiliser des produits inutiles et nocifs.
 
Référence
LABRIE, G., A.-È. GAGNON, A. VANASSE, A. LATRAVERSE et G. TREMBLAY (2020). « Impacts of neonicotinoid seed treatments on soil-dwelling pest populations and agronomic parameters in corn and soybean in Quebec (Canada) », PLoS One, 26 février 2020, 15(2) : e0229136. doi : https://doi.org/10.1371/journal.pone.0229136.

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Commentaires (1)
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Julien Saguez Julien Saguez 17 avril 2020 09:44

Et vous pouvez aussi vous référer à l'outil VFF QC (www.cerom.qc.ca/vffqc) pour déterminer le niveau de risque des champs et saisir des données de dépistage.

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Organisation : Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ)
Date de publication : 14 avril 2020
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