Au Québec, les projets de récupération et de valorisation de l’eau pluviale se multiplient, stimulés par les enjeux d’approvisionnement rencontrés dans plusieurs régions.
Bien que l’eau soit généralement disponible, elle est cependant souvent mal répartie et sa disponibilité peut varier à l’intérieur d’une même saison ou entre les saisons. Pour préserver cette ressource, il devient pertinent de remplacer l’eau potable par une source non potable lorsque l’usage le permet. Selon Émilie Bédard, chercheure à la Polytechnique de Montréal, la récupération de l’eau de pluie est une alternative avantageuse lorsque les surfaces de toitures sur lesquelles on peut en faire la collecte sont importantes.
Un exemple concret
La ferme laitière Valnico, située à Sainte-Brigitte-des-Saults, illustre bien cette approche. L’entreprise a fait face à plusieurs enjeux d’approvisionnement au cours des dernières années, notamment à cause de l'acquisition d’un séparateur de fumier servant à transformer les résidus en litière animale, lequel nécessite 500 gallons d’eau par jour pour son fonctionnement. Pour combler ce besoin, un système de gouttières relié à un réservoir souterrain en polyéthylène haute densité (PEHD) d’une capacité de 80 m3 a été installé sur l’ensemble des toitures. Ce système de captation a permis de réduire la pression sur les puits artésiens à la ferme. En plus d’être utilisée pour le séparateur de fumier, l’eau captée est valorisée pour les traitements des pesticides et le lavage de la machinerie.
Des coûts à évaluer
Un projet pilote mené entre 2021 et 2023 par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) en collaboration avec Soleno, une entreprise qui fabrique des tuyaux et structures pour la maîtrise de l’eau, a également permis d’évaluer le potentiel de récupération de l’eau de pluie sur 4 fermes de l’Île d’Orléans. Ce projet visait à recueillir des données pour encadrer le captage de l’eau de pluie et son usage (lavage des légumes, approvisionnement des blocs sanitaires, traitements phytosanitaires). À cet effet, 3 réservoirs d’une capacité variant entre 20 et 36 m3 ont permis de combler entre 38 et 70 % des besoins en eau des entreprises agricole, selon le système en place.
Pour Carl Boivin, chercheur à l’IRDA, l’un des principaux avantages de ces installations est la réduction de la vulnérabilité au déficit hydrique (VADH) des cultures. Cependant, les coûts élevés des équipements, mais aussi de leur installation et de leur entretien, qui garantissent la qualité conforme à leur usage, représentent des obstacles importants à leur implantation.
Marche à suivre
Si une entreprise rencontre des problèmes d’approvisionnement, la première étape consiste à réaliser le diagnostic de la ferme : quels sont les besoins, le débit, le volume journalier et saisonnier souhaité pour les opérations. Connaître la qualité d’eau requise selon l’usage et à quelle période cette ressource sera utilisée sont également des éléments essentiels à connaître. L’évaluation des superficies disponibles pour la captation de l’eau et le choix de l’emplacement du réservoir sont aussi des étapes importantes, comme le souligne Émilie Bédard. Par ailleurs, il faudra trouver un équilibre entre le moment de la captation et celui de l’utilisation afin d’éviter de longues périodes de stagnation dans le réservoir. Finalement, toutes les contraintes, qu’elles soient physiques, économiques ou législatives, doivent être prises en compte pour assurer la conformité et la viabilité du projet.
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Ce texte a été publié originalement dans le La Terre de chez nous en avril 2026.
Récupérer l’eau de pluie pour répondre aux besoins de la ferme
Publié le 15 avril 2026
Marie-Josée Vézina
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