Étangs d’irrigation : protéger la qualité de l’eau

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Aménager un étang est un moyen de sécuriser une ressource d’eau pour l’irrigation. Au défi d’avoir accès à la quantité d’eau nécessaire, s’ajoute celui de la qualité, particulièrement dans un contexte climatique ou les fortes chaleurs seront plus fréquentes. En effet, une eau d’irrigation qui entre en contact avec des légumes ou des fruits risque de poser problème si elle est contaminée par des microorganismes nuisibles. Il est donc nécessaire de savoir les détecter et de mettre en place à l’avance les moyens d'éviter leur prolifération.

Les microorganismes entériques pathogènes sont la première catégorie à surveiller. Ils peuvent causer des intoxications alimentaires et proviennent de la contamination fécale. Les analyses de l’eau de l'étang permettront de vérifier la présence des coliformes. Les limites habituellement recommandées sont de 1000 UFC*/100 ml pour les coliformes totaux et de 100 UFC/100 ml pour les coliformes fécaux, dans l’eau d’irrigation. Ces microorganismes survivent toutefois peu de temps dans l’environnement. 

Le second facteur à contrôler est la croissance des cyanobactéries, ou algues bleu-vert.  Elles vont se développer durant les périodes chaudes, en présence de lumière et de nutriments. En se fragmentant, elles libèrent des toxines, qui ont des effets plus ou moins graves selon le degré d'exposition des humains ou des animaux. Il peut aussi y avoir obstruction de conduits d'irrigation. Aucune limite n’est actuellement recommandée pour l’eau d’irrigation.

Pour protéger l’étang, il faut d’abord surveiller les risques de contamination provenant du bassin versant : les épandages de lisiers ou fumiers, ou un débordement d’eaux usées, en cas de fortes pluies par exemple. Les risques vont être différents selon le mode de recharge de l’étang (cours d'eau, nappe ou ruissellement). Les bandes végétalisées assez larges peuvent filtrer les eaux de ruissellement. Les haies fournissent une protection partielle contre les aérosols. Il est particulièrement important de faire respecter les distances d'épandage par rapport au point d’eau. Enfin, les systèmes d’aération mécanique sont la méthode recommandée pour diminuer la présence des coliformes et des cyanobactéries : leur efficacité a été démontrée par plusieurs essais en étangs au Québec, entre autres ceux menés par l’IRDA. Dans l’exemple de la Figure 1, on voit l’abattement de la concentration en E. coli réalisée en quelques jours. 
 
Figure 1. Diminution de la population de coliforme (E. coli) dans un étang avec aération (source : Côté C., Généreux M. 2008. Fiche synthèse - L'aération des étangs pour assainir l'eau d'irrigation. IRDA)

Figure 1. Diminution de la population de coliforme (E. coli) dans un étang avec aération

(source : Côté C., Généreux M. 2008. Fiche synthèse - L'aération des étangs pour assainir l'eau d'irrigation. IRDA)


Un aérateur doit idéalement être mis à fonctionner tôt au printemps jusqu’à tard en automne.  La génération de bulles juste au-dessus du fond de l’étang crée une circulation de l’eau, de ce fait mieux oxygénée. De plus, avec les mouvements de l’eau, les bactéries sont exposées aux rayons UV en surface, ce qui en détruit une partie. Enfin, le phosphore va avoir tendance à précipiter au fond, donc à être moins disponible pour la croissance des algues bleu-vert.  

Pour être efficace, ce système demande néanmoins quelques précautions. Les sédiments du fond ne doivent pas être perturbés pendant la saison d’irrigation. Il faut également s’assurer de ne pas avoir d’entrées de phosphore dans l’étang, par du ruissellement provenant de parcelles voisines ou par de l’eau arrivant via des drains.

Un équipement d’aération électrique coûte de l’ordre de 1 500 $ à 8 000$ (2022), selon les dimensions de l'étang. Si nécessaire, l’aérateur peut fonctionner de façon autonome grâce à des batteries et un panneau solaire, soit un achat de 3 000 $ à 18 000 $ au total. Cet investissement se justifie pour assurer la salubrité des légumes et fruits pour la clientèle. Il est indispensable lorsque l'entreprise veut obtenir une certification, telle que CanadaGap.  

Bien coordonner l’irrigation et le calendrier de récolte fait aussi partie des outils essentiels. En effet, durant les deux dernières semaines avant la récolte, la qualité de l'eau d’irrigation est cruciale : l’eau utilisée doit respecter un contenu en coliformes fécaux inférieur à 100 UFC/100 ml pour ne pas contaminer les produits.

*UFC : Unités formant colonies.
 
Guide technique - Gestion raisonnée de l'irrigation

Comment limiter les pertes d’eau et de fertilisant? Comment mieux planifier ses interventions d’irrigation? Pourquoi et comment investir dans de nouveaux équipements? 
 
Abondamment illustré, l’ouvrage rassemble des connaissances de base sur :

  • Le sol (saturation, capacité au champ, point d’intervention et de flétrissement permanent);
  • Les outils d’aide à la prise de décision (tensiomètre, bilan hydrique, sonde TDR, etc.);
  • Les différents objectifs de l’irrigation (l’assurance récolte, le rendement optimal, la qualité, la germination, la protection contre le gel, etc.);
  • Les principaux systèmes d’irrigation;
  • Les différents types de systèmes culturaux;
  • La qualité de l’eau;
  • La réglementation. 

L’ouvrage traite de quatre cultures : la fraise, la pomme de terre, la pomme et la canneberge. 

Note : Les grilles de relevé de terrain servant à la mesure de performance des systèmes (Annexes 2A, 2B, 2C, 2D) sont fournies en format PDF avec la version numérique du guide. 

Aussi disponible en version numérique (PDF).

Une réalisation conjointe de l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) et du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ).

Cette série de six webinaires vise à identifier les différentes problématiques liées à l’irrigation en privilégiant le transfert de connaissances pratiques et les principales innovations du secteur. Des capsules vidéos et des panels de discussion répondront au besoin d’information des producteurs et des productrices ainsi que des conseillers et des conseillères, tout en les amenant à se questionner sur leurs méthodes d’irrigation.

Série webinaire irrigation 2022
Comment construire un étang? Ce qu'il faut savoir sur l'aménagement d'un étang d'irrigation excavé

Le présent guide porte sur les questions clés à étudier pour aménager un étang d’irrigation. Il fournit des éléments de réponse à ces questions pour guider le lecteur dans sa réflexion. Notons que seul l’aménagement d’étangs excavés est abordé. L’aménagement d’étangs hors terre avec digues est exclu. Il permet de trouver les réponses aux questions suivantes :
Ai-je le droit d’aménager un étang d’irrigation?
Quels sont les besoins en eau des cultures à irriguer?
Quel est le meilleur endroit pour l’aménagement d’un étang d’irrigation?
Comment aménager un étang d’irrigation?
Comment avoir de l’eau de qualité?
Comment entretenir un étang d’irrigation?
Combien coûte un étang d’irrigation?


Ce texte a été publié originalement dans le magazine La terre de chez nous en avril 2025.

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