AU RUCHER CETTE SEMAINE
27 février 2027
27 février 2027
Congrès canadien d’apiculture Beetech 2026 : état des lieux et perspectives
Le congrès canadien d’apiculture Beetech s’est tenu à Calgary les 13 et 14 février derniers. Deux journées particulièrement enrichissantes, marquées par des présentations pertinentes et de précieuses occasions de réseautage avec des apiculteurs et des intervenants provenant de partout au pays. Plusieurs éléments ont retenu mon attention et méritent d’être partagés.
Tropilaelaps : un parasite à surveiller de près
Le congrès a débuté en force avec des conférences de Geoff Williams (Auburn University), Jeff Pettis et Geoff Wilson (Gouvernement de la Saskatchewan), suivies d’un panel d’experts. Le thème central : le Tropilaelaps, un parasite qui suscite actuellement de vives préoccupations dans le milieu apicole.
Si ce nom vous est encore peu familier, je vous encourage fortement à vous informer. La documentation disponible est abondante et de grande qualité. Voici quelques ressources pertinentes pour approfondir le sujet et suivre l’évolution des connaissances :
- Webinaire (français) sur le Tropilaelaps : Page Youtube du CRSAD
- Tropilaelaps.info (anglais) : https://tropilaelaps.info/
- TropiStop (anglais): https://pollinator.org/tropistop
- Project Apis m. (vidéos en anglais) : https://www.projectapism.org/tropi-resources
- Honey Bee Health Coalition – Guide Tropilaelaps (anglais):
https://honeybeehealthcoalition.org/wp-content/uploads/2024/11/Tropi-Primer-Graphics-v5.pdf
Mieux préparés qu’à l’époque du varroa
Lors du panel de discussion, j’ai trouvé particulièrement intéressant qu’on souligne à quel point nos réseaux de communication sont aujourd’hui beaucoup plus développés qu’à l’époque où le varroa a fait son entrée au Canada. Le fait que nous soyons déjà conscients de la progression de Tropilaelaps en Europe et que des plans d’action soient en cours d’élaboration nous permet de croire que nous serons mieux préparés que nous ne l’avons été face au varroa.
Un apiculteur a d’ailleurs posé la question suivante au panel : «Qu’est-ce qu’on doit faire maintenant?» C’est Geoff Wilson qui a répondu : «On connaît son existence depuis 1961, continuons donc comme à l’habitude.» Le message était clair : pas de panique, mais de la préparation et de la rigueur.
Il a également insisté sur l’importance de maîtriser l’utilisation de l’acide formique et de l’intégrer au programme de traitement, si ce n’est pas déjà le cas. À ce jour, il s’agit d’un moyen efficace pour contrôler Tropilaelaps dans les régions où il est présent. La diversification des traitements contre le varroa, comme l’arrêt de ponte décrit plus bas, représente aussi une stratégie intéressante. Elle permet aux apiculteurs de disposer de plusieurs outils, ce qui pourrait s’avérer précieux si Tropilaelaps devait atteindre notre territoire.
Arrêts de ponte et réalités hivernales
Les arrêts de ponte induits par l’apiculteur ont également été abordés comme méthode de contrôle des parasites. Il n’est pas trop tôt pour commencer à tester et à maîtriser cette technique en entreprise, notamment pour le contrôle du varroa. Développer cette expertise dès maintenant pourrait aussi constituer un avantage important pour la lutte contre Tropilaelaps, étant donné que cet acarien a une durée de vie limitée en absence de couvain. Cependant, on observe actuellement qu’il n’est pas rare de retrouver du couvain dans les ruches en hiver, même au Québec. Cette réalité complique les stratégies de contrôle et mérite une attention particulière dans nos pratiques de gestion.
Nouveaux traitements homologués ou en voie de l’être
VarroxSan : une nouvelle option estivale
Le VarroxSan, vendu par Vita Bee Health et homologué à l’automne dernier, fera son entrée officielle sur le marché canadien au cours du prochain mois, selon le fabricant.
Il s’agit d’une bande d’acide oxalique à libération lente sans contrainte liée à la température extérieure. Le traitement doit demeurer dans les ruches pendant un minimum de 42 jours et peut être utilisé en présence de hausses à miel
Selon les discussions tenues avec un représentant de l’entreprise et un chercheur de l’Ouest canadien ayant testé le produit l’été dernier, le VarroxSan semble prometteur pour maintenir les taux de varroa relativement bas, mais il serait peu efficace en cas d’infestation majeure. Il représente une option intéressante pour les traitements d’été.
Pour en savoir plus, consultez l’étiquette du VarroxSan : Lien vers l’étiquette officielle (cliquez sur le numéro d’homologation pour voir l’étiquette.)
Bandes glycérinées à l’acide oxalique : désormais légales
Les bandes glycérinées à l’acide oxalique à faire soi-même ont été approuvées et pourront être utilisées légalement cette année. L’étiquette de l’acide oxalique a été modifiée afin d’inclure les directives de préparation. Une erreur semble toutefois s’être glissée dans la version officielle ; la version corrigée sera partagée dès qu’elle sera disponible.
Merci au Conseil canadien du miel pour le travail colossal réalisé en vue de cette homologation.
Norroa : une technologie basée sur l’ARNi
Enfin, le Norroa est un autre traitement en cours d’homologation. Le fabricant espère obtenir son homologation pour l’été 2027. Il s’agirait d’un traitement relativement coûteux, puisqu’il repose sur la technologie de l’ARNi (interférence ARN). Plutôt que de tuer le varroa par contact chimique, cette approche cible un gène spécifique afin de rendre les femelles stériles. Le produit serait administré sous forme de sirop, consommé par les abeilles puis transmis au couvain, ce qui permettrait de bloquer la reproduction du parasite sans laisser de résidus dans la cire ou le miel.
Une étude menée par l'équipe de transfert technologique en apiculture du Manitoba indique que le traitement permettrait de maintenir des taux d’infestation relativement stables. Selon le fabricant, cet effet pourrait durer environ 18 semaines. Comme le VarroxSan, il viserait principalement à maintenir les courbes d’infestation à un faible niveau afin de faciliter la gestion des colonies en vue de l’hivernage.
Le congrès BeeTech est définitivement un incontournable en apiculture, autant pour la découverte des nouvelles technologies et nouveaux produits en apiculture, que les présentations scientifiques et les options de réseautage avec des apiculteurs et des professionnels provenant de l’Amérique du Nord et d’ailleurs dans le monde. Des rumeurs circulent comme quoi Beetech aurait lieu tout près de chez nous l’année prochaine! Ce serait une occasion en or pour les apiculteurs du Québec d’y participer.
Bulletin rédigé par Sara Bouaziz, conseillère en apiculture | CRSAD et révisée par Martine Bernier, responsable du transfert technologique et de la formation en apiculture | CRSAD
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Sara Bouaziz
