La longévité accrue des chevaux s'accompagne généralement de problèmes de santé et de besoins alimentaires spécifiques.
Il n’est pas rare de voir des chevaux de compétition nés au cours du dernier millénaire continuer à concourir, ou des poneys robustes partager le plaisir de l’équitation avec plusieurs générations de cavaliers. C’est grâce aux progrès sans précédent réalisés dans le domaine des soins vétérinaires que nos compagnons équins domestiques vivent plus longtemps. Ces années supplémentaires entrainent toutefois certains défis.
« Les maladies dentaires, avant tout, constituent l’un des principaux facteurs limitant la bonne santé et la longévité des chevaux », mentionne Jack Easley, médecin vétérinaire spécialisé en soins dentaires chez Easley Equine Dentistry, dans le Kentucky.
« La vieillesse s'accompagne également de problèmes digestifs », indique Lynn Taylor, consultante en nutrition équine et professeure en sciences équines à l’Université Centenary, au New Jersey. Ces spécialistes exposent les raisons pour lesquelles les problèmes dentaires et digestifs chez les chevaux âgés vont souvent de pair.
Le prix de la longévité : la perte des dents
Les chevaux dépassent l'espérance de vie de leurs dents pour une raison simple : leur dentition n'est conçue que pour durer environ 20 ans. Les équidés sont des hypsodontes, ce qui signifie que leurs dents poussent et s'usent lentement et continuellement tout au long de leur vie.« Une fois que les chevaux atteignent un âge avancé, leurs dents commencent à s'épuiser. Ce processus entraîne des changements rapides au niveau des surfaces occlusales des dents et de la mastication, et les prédispose aux maladies parodontales », souligne M. Easley.
Une autre problématique : les dents complètement usées perdent leurs capacités de broyage et de mastication. Compte tenu de la nature et de la durée de vie de la dentition équine, il n’est pas surprenant que des chercheurs (Ireland et coll., 2012) aient documenté des anomalies dentaires chez tous les chevaux âgés de 30 ans ou plus qu’ils ont étudiés. Il est donc important de prendre des mesures proactives pour aider à préserver la dentition existante et retarder l’usure des dents. Les médecins vétérinaires recommandent généralement des examens bucco-dentaires tous les six mois pour les équidés âgés, mais votre praticien pourrait prescrire un calendrier différent, adapté aux besoins de votre animal.
« À mesure que la dentition d’un cheval arrive en fin de vie, il est important de traiter rapidement toute dent mobile ou fracturée ainsi que les lésions des tissus mous (ulcères buccaux) afin de prévenir la douleur. Car, en plus d’être douloureuses, ces affections peuvent entraîner une mastication anormale et une digestion sous-optimale du fourrage », affirme M. Easley.
Ces changements méritent notre attention, car ils déclenchent une cascade d’événements pouvant mener à une détérioration de la santé et de la condition générale du cheval.
Un effet boule de neige
Une mastication insuffisante pose un problème pour plusieurs raisons. « Les chevaux digèrent et assimilent leur nourriture principalement grâce à la fermentation bactérienne qui se produit dans le cæcum et le gros intestin », explique le médecin vétérinaire spécialisé en soins dentaires chez Easley Equine Dentistry.« Pour que les bactéries puissent digérer la cellulose - un composant principal du fourrage -, celui-ci doit être décomposé et transformé en morceaux suffisamment petits pour que les micro-organismes présents dans l'intestin puissent le consommer. Si un cheval ne parvient pas à bien mastiquer son fourrage, il peut commencer à recracher des boules de nourriture ou à avaler des aliments mal mâchés qui se coincent ensuite dans l'œsophage, provoquant un étouffement », ajoute-t-il.
Même si les aliments parviennent à passer l’œsophage, le danger n’est pas encore écarté. Ceux-ci peuvent encore se coincer à de nombreux endroits au cours de leur trajet à travers les 30 mètres sinueux de l’intestin. Une obstruction de ce type peut rapidement se transformer en colique par impaction.
Selon M. Easley, lorsque des tiges de fourrage insuffisamment mâchées passent dans l'intestin, l'eau peut s'accumuler sur les particules comme sur une éponge, ce qui donne lieu à des excréments mous et liquides. Il en résulte une diarrhée.
De plus, lorsque la mastication n'a pas réduit les aliments en morceaux assez petits pour que les micro-organismes intestinaux puissent les consommer, le cheval ne sera pas capable d'absorber et d'utiliser les nutriments. La malabsorption provoque souvent un manque de vitalité et une perte de poids chronique. Lynn Taylor et d'autres professionnels du monde équin soupçonnent que, outre les problèmes dentaires, les chevaux âgés pourraient souffrir de malabsorption, étant donné que leur intestin commence naturellement à perdre la capacité d'absorber correctement les protéines, les graisses et les amidons avec l'âge.
Une affection liée à l'âge
Environ 2 % des chevaux âgés développent une maladie dentaire connue sous le nom de résorption odontoclastique et d'hypercémentose équines (EOTRH). Dans une étude réalisée en 2014, Lorello et coll. ont constaté que l'âge moyen des animaux au moment du diagnostic était de 24 ans. Une autre équipe de chercheurs (Rehrl et coll., 2017) a déterminé que certains chevaux pouvaient être touchés dès l'âge de 10 ans.Cette affection progressive, douloureuse et incapacitante des incisives et des canines entraîne une dégradation et une résorption des dents chez le cheval, accompagnées d’un dépôt excessif de cément (une substance calcifiée qui contribue à la fixation de la racine dentaire à l’os maxillaire). Les signes cliniques peuvent inclure des gencives rouges ou bosselées ou des signes de douleur lors de la mastication d'aliments durs. Les stades plus avancés se manifestent par :
- une inflammation sévère (notamment un écoulement purulent, la formation de tartre et l'accumulation de nourriture);
- des dents mobiles ou manquantes;
- une hyperplasie gingivale (prolifération excessive);
- une récession gingivale qui expose une partie de la racine des dents.
Au fil des ans, Mme Taylor a mis au point sa propre recette pour nourrir les chevaux sans dents. « Donnez-leur une bouillie humide quatre à six fois par jour. Je recommande généralement de commencer par des cubes de foin trempés, une mesure de mélange de vitamines et de minéraux ou de complément alimentaire ainsi que de l'huile végétale ou du son de riz en poudre. »
Nourrir les chevaux âgés sans dents
Les chevaux qui ont perdu de nombreuses dents - ou dont les dents sont abîmées - ne peuvent plus mâcher de fourrage à tiges longues. Ils doivent se contenter d'aliments que leurs gencives peuvent mastiquer suffisamment pour qu'ils puissent les avaler. Les médecins vétérinaires et les nutritionnistes recommandent généralement de remplacer le foin classique par du foin en granules ou en cubes, qu'il faudra faire tremper avant de le donner. Différents types de foin, dont la luzerne, sont disponibles sous ces formes.Le foin haché et la pulpe de betterave trempée peuvent aussi être envisagés. Les aliments complets sont une autre approche pour les chevaux dépourvus de dents. Lorsqu'ils sont administrés en quantité suffisante (généralement environ 1,5 % du poids corporel du cheval par jour), ces produits répondent à tous les besoins nutritionnels des animaux incapables de consommer des volumes normaux de fourrage.
L'huile et le son de riz contiennent des acides gras oméga-3, essentiels notamment au bon fonctionnement du système immunitaire et au maintien du poids. « Les graines de lin moulues, un autre ingrédient riche en gras, peuvent être ajoutées à une bouillie hebdomadaire si vous le souhaitez », indique Lynn Taylor.
Elle recommande aux propriétaires de surveiller attentivement leurs chevaux pour s'assurer qu'ils mangent bien la nourriture qui leur est servie. Certains animaux devenant difficiles avec l'âge, Mme Taylor et d'autres nutritionnistes recommandent également de leur donner accès à des pâturages frais, lorsque cela est possible, adaptés à leur santé et à leurs besoins alimentaires.
Nourrir les chevaux âgés maigres
S'occuper d'un cheval âgé souffrant d'un poids insuffisant chronique peut s'avérer frustrant et difficile. La vieillesse s'accompagne souvent d'une détérioration de l'état corporel et d'une perte de masse musculaire, surtout si le cheval est à la retraite et inactif, ou s'il fournit un effort trop intense par rapport à son apport calorique. L’état corporel des chevaux âgés a généralement tendance à descendre dans l'échelle de Henneke (une charte à neuf niveaux pour évaluer l’état de chair des chevaux) et à présenter des côtes saillantes.Pour éviter la perte de poids, le cheval doit consommer plus de calories qu’il n’en dépense. Mais toutes les calories ne se valent pas : certaines peuvent même constituer une menace pour la santé si elles sont données en excès à un cheval âgé. Plus précisément, il est essentiel de modérer l'apport en glucides non structuraux (amidon et sucre) du cheval senior si son âge avancé a contribué au développement de troubles métaboliques tels que la maladie de Cushing, la résistance à l'insuline et le syndrome métabolique équin.
C'est pourquoi les fabricants d'aliments ont mis au point des produits spécialement destinés aux chevaux âgés, conçus pour apporter des calories provenant des lipides et des fibres plutôt que des glucides non structuraux. Ces aliments se présentent sous une forme transformée afin de faciliter la digestion, ce qui permet aux animaux d'absorber et d'utiliser les nutriments plus efficacement. Ils contiennent un apport supplémentaire en fibres qui favorisent une bonne digestion et une fermentation adéquate dans le gros intestin. Ces formulations conviennent également aux chevaux ayant des problèmes dentaires.
Compte tenu des avantages de ces aliments, Lynn Taylor et d'autres nutritionnistes conseillent aux propriétaires de chevaux d'envisager ce changement s'ils remarquent des tendances ou des signes indiquant que leur animal pourrait avoir besoin du profil nutritionnel d'un aliment pour chevaux âgés.
« Ces signes comprennent une perte de poids chronique ou une détérioration de la condition physique qui ne peut être corrigée, en toute sécurité et en quelques mois, avec le régime alimentaire actuel », dit-elle.
Parmi les autres indicateurs suggérant qu'il est peut-être temps de passer à une alimentation pour chevaux âgés, on peut citer :
- Épisodes récurrents de diarrhée légère;
- Augmentation de la fréquence des maladies respiratoires (signe d'une réponse immunitaire affaiblie);
- Mauvais état de la peau, du poil ou des sabots;
- Léthargie ou changements de comportement.
Parfois, le simple fait de passer à des aliments pour chevaux âgés ne suffit pas pour que votre animal vieillissant prenne assez de poids. Selon Mme Taylor, dans les cas difficiles, la première étape consiste à s’assurer que la perte de poids n’est pas liée à un problème médical sous-jacent non traité comme des parasites internes ou des ulcères gastriques.
« Mais, dans la plupart des cas, cela est simplement dû à un déficit calorique. Nous pouvons ajouter de l'énergie supplémentaire à l'alimentation de différentes manières; ma première recommandation est souvent d'enrichir la ration avec de l'huile (les huiles végétales ou les mélanges fonctionnent bien) ou un aliment plus riche en matières grasses (entre 4 % et 25 %) », mentionne-t-elle.
« L'autre option consiste à proposer davantage de sources de fourrage. Cela peut prendre la forme de pâturage, de foin de haute qualité (sauf en cas de problèmes dentaires importants), de pulpe de betterave ou de cubes de foin afin d'augmenter la disponibilité de fibres de bonne qualité pour l'énergie. »
Conclusion
Le privilège de pouvoir profiter plus longtemps de la compagnie de nos chevaux s'accompagne de responsabilités supplémentaires pour les propriétaires, qui doivent être prêts à faire face aux problèmes dentaires et digestifs liés à l'âge avancé. Respecter un programme régulier de soins dentaires, réévaluer régulièrement le régime alimentaire de votre cheval et l'adapter à l'évolution de sa dentition et de ses capacités digestives peut l'aider à rester en pleine forme pendant ses vieux jours.Ce texte est une traduction libre de « What To Feed Senior Horses With Dental and Digestive Dysfunction » paru sur le site Web The Horse. Il a été écrit par Lucile Vigouroux, M. Sc., et traduit et adapté par Marie-Ange Therrien, agronome.
Source : https://thehorse.com/1108978/what-to-feed-senior-horses-with-dental-and-digestive-dysfunction/
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Marie-Ange Therrien