Gilles Tremblay, agronome, président du conseil d’administration du RGCQ
Au Québec, il y a plus d’un million d’hectares qui sont ensemencés annuellement en grandes cultures (céréales, plantes oléoprotéagineuses et maïs). L’industrie québécoise des grains a d’ailleurs généré près de 6,99 milliards de dollars (G$) de vente totale au Québec en 2023 (Portrait diagnostic sectoriel de l’industrie des grains au Québec, 2023). L’importance de l’amélioration génétique dans l’accroissement du rendement des grandes cultures n’est plus à démontrer. En effet, il est généralement admis que l’amélioration génétique contribue pour 50% des augmentations de rendements.
Le RGCQ est un organisme à but non lucratif (OBNL) qui réalise des essais de performance à la suite des essais d’enregistrement des céréales (CRCQ, Comité de Recommandation des Céréales du Québec) et d’oléoprotéagineuses (CROQ, Comité de Recommandation des Oléoprotéagineuses du Québec). Le RGCQ diffuse aussi les résultats de performance du matériel génétique de maïs, d’espèces oléoprotéagineuses et de céréales et ce faisant, il appuie le développement durable des grandes cultures du Québec.
L’assemblée générale du RGCQ est l’instance souveraine de l’organisation. Les membres du Conseil d’administration (C.A.) sont nommés lors de l’assemblée générale annuelle de celle-ci. Les administrateurs voient à la bonne gouvernance de l’organisme et nomment un directeur général qui verra à sa gestion quotidienne. Les coordonnateurs de chacune des espèces sont choisis par les membres de chacun des réseaux et sont sous la supervision du directeur général. Ce sont les coordonnateurs d’espèces qui transigent avec les organisations qui réalisent les essais d’enregistrement et de performance au champ. Ces organisations deviennent donc des responsables de sites.
Le C.A. du RGCQ est formé de huit membres: quatre administrateurs indépendants, des présidents des trois réseaux, d’un représentant des Producteurs de Grains du Québec (PGQ) et d’un observateur nommé par le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
Avant le RGCQ, trois organisations ont tour à tour supervisé les réseaux d’essais d’enregistrement et de performance en grandes cultures au Québec. En tout premier lieu, il y a eu le Conseil des Productions végétales du Québec (CPVQ) créé en 1970 qui les a supervisés jusqu’en 1995. Puis, le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) a pris la relève de 1995 jusqu’en 2004. En 2004, le Centre de recherche sur les grains (CÉROM) est mandaté par le MAPAQ afin de superviser la gestion des réseaux en grandes cultures. Enfin, en 2022, les membres des réseaux d’essais font le choix de poursuivre leurs activités sous la gouverne d’un OBNL créé dans le but spécifique de réaliser des essais d’enregistrement et de performance en grandes cultures, soit le RGCQ.
La commercialisation des semences en grandes cultures est de juridiction fédérale et est encadrée par le Règlement sur les Semences. Au cours des 50 dernières années, des modifications ont été adoptées dans le cadre du Règlement sur les Semences. Jusqu’en 1995, l’enregistrement au mérite était une exigence de l’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments (ACIA) pour l’introduction de toute nouvelle variété ou hybride sur le marché canadien. L’enregistrement au mérite consistait à réaliser des essais structurés au champ selon des protocoles préalablement acceptés par l’ACIA. L’enregistrement au mérite a pris fin en 1995 pour le maïs-grain. Puis, en 2017, l’enregistrement au mérite pour le soya a pris fin mais est toujours requis pour le canola et le pois sec. L’enregistrement au mérite est toujours nécessaire pour toutes les céréales vendues ou commercialisées au Québec. Il est sous la gouverne du CRCQ.
Le RGCQ est composé de trois réseaux : Céréales, Maïs-grain et Plantes oléoprotéagineuses. Chacun de ces trois réseaux est supervisé par un Comité formé de représentants de l’ensemble des intervenants du secteur. Près de 80 personnes sont impliquées dans l’un ou l’autre de ces trois Comités. Ces 80 personnes constituent l’assemblée générale du RGCQ. Le Comité de chacun des réseaux fonctionne de façon transparente et traite les variétés ou les hybrides de manière équitable. Il détermine les critères qui seront utilisés dans l’évaluation des variétés candidates afin d’établir des protocoles d’évaluation scientifique tel que spécifié dans le Règlement sur les semences. Les procédures pour présenter une variété ou un hybride aux essais sont documentées et sont examinées annuellement par les Comités. Ces procédures sont mises à la disposition du public et des différents intervenants du secteur. Elles sont entérinées par l’ACIA.
Les Comités du RGCQ ont plusieurs tâches à réaliser. Les Comités doivent nommer les coordonnateurs des essais pour chacune des espèces sous leur responsabilité. Ils doivent aussi déterminer le nombre et la localisation des sites d’essais pour chacune des espèces. Les Comités doivent mener les essais et produire des rapports présentant la performance des cultivars et des hybrides. Ils doivent publier annuellement les résultats des essais de cultivars et d’hybrides sur différentes plateformes accessibles aux producteurs et conseillers agricoles. Les Comités doivent convoquer les réunions nécessaires pour remplir leurs mandats, former au besoin des comités spécifiques et désigner des responsables ou des groupes de travail pour des mandats spécifiques. Enfin, ils doivent favoriser l’introduction de nouveaux cultivars ou hybrides pour satisfaire la demande du marché tout en respectant les règles et/ou en y facilitant l’introduction.
Le RGCQ réalise des essais d’enregistrement et de performance dans chacune des trois zones géographiques de l’espace agricole québécois soient la plaine de Montréal et les zones intermédiaires et périphériques. En 2024, 10 organisations ont implanté 15 sites d’essais dans le cadre des réseaux du RGCQ. Puisque leur implication est essentielle dans la réalisation des sites d’essais à travers du Québec, il est important de tous les nommer : Agroalimentaire Canada (AAC), AGRINOVA. CÉRÉLA, CÉROM, Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ), KENT AG, PROGRAIN, SEMICAN, SOLLIO et l’Université Laval. Chacune de ces organisations possède le savoir-faire et l’expertise requises pour réaliser des essais fiables au champ.
Pour bien apprécier l’ampleur du travail réalisé dans le cadre des essais du RGCQ, nous avons comptabilisé annuellement le nombre de cultivars et d’hybrides qui apparaissent dans les tableaux des guides du RGCQ publiés au cours des 25 dernières années, soit de 2000 à 2024.
Pour le réseau maïs-grain, il y a eu en moyenne les résultats des performances agronomiques de 267 hybrides annuellement. Le plus petit nombre d’hybrides a été enregistré en 2022 avec 207 hybrides tandis que le plus grand nombre a été observé en 2007 avec 307 hybrides. En 2017, les membres du Comité du réseau maïs-grain ont décidé de doubler la dimension des parcelles, ce qui s’est traduit par des coûts supplémentaires pour les compagnies qui font tester leur matériel. Ce changement s’est donc traduit par une diminution du nombre des hybrides évalués. Bien qu’il ne soit plus exigé que les hybrides de maïs-grain soient évalués au mérite depuis 1995 par l’ACIA, les compagnies semencières ont continué à faire tester une partie de leur matériel dans les essais du RGCQ. Ce choix volontaire des compagnies au cours des 30 dernières années laisse vraisemblablement penser que les compagnies ont eu confiance et font encore confiance aux résultats diffusés par le RGCQ.
Pour le réseau des plantes oléoprotéagineuses, soient le soya, le lin, le pois sec et le canola, il y a eu en moyenne les résultats des performances agronomiques de 148 cultivars annuellement au cours de la période 2000-2024. Le plus petit nombre de cultivars a été enregistré en 2000 avec 68 cultivars tandis que le plus grand nombre a été observé en 2015 avec 215 cultivars. Il n’est pas surprenant que le plus petit nombre de cultivars ait été observé en 2000 car la culture du soya n’était pas encore à sa pleine expansion au Québec à cette époque. Depuis plusieurs années, les superficies en soya au Québec ont dépassé celles du maïs-grain et le nombre de cultivars évalués par le RGCQ est relativement stable depuis 2017 avec 175 cultivars adaptés pour toutes les zones de production. À l’instar du maïs-grain, les compagnies semencières ont continué à faire tester une partie de leur matériel dans les essais du RGCQ bien que l’enregistrement au mérite ne soit plus exigé pour cette culture par l’ACIA depuis 2017.
Pour le réseau céréales, toutes les espèces sont encore soumises au processus d’enregistrement de l’ACIA. Au cours des 25 dernières années, il y a eu en moyenne les résultats des performances agronomiques de 78 cultivars de céréales publiés annuellement. Il y a eu une progression relativement constante du nombre de cultivars publiés annuellement. En effet, en 2000, la liste des cultivars recommandés était composée de 52 cultivars. En 2022, cette liste comportait 110 cultivars, soit approximativement le double de ce qui était recommandé en 2000. Pour l’ensemble des trois réseaux, le RGCQ a diffusé annuellement les performances agronomiques de 494 cultivars et hybrides au cours de la période de 2000 à 2024.
Afin de parvenir à diffuser les performances agronomiques de près de 500 cultivars et hybrides annuellement, le RGCQ a réalisé en moyenne plus de 19 000 parcelles annuellement au cours de la période de 2000 à 2024. Puisque les contraintes et les dynamiques de chacun des réseaux sont différentes, le nombre de parcelles requises par réseau peut varier énormément. Pour les réseaux maïs-grain, plantes oléoprotéagineuses et céréales, les nombres moyens de parcelles réalisées annuellement ont été respectivement de 2 140 (11 %), 5 180 (27 %) et 11 706 (62 %) au cours des 25 dernières années.
Pour réaliser autant de travail, il faut des budgets conséquents. En 2024, le budget annuel total du RGCQ était environ de $700 000 et le nombre de parcelles réalisées était estimé à plus de 23 000. Cette somme provenait de trois sources. Les parrains, qui mettent du matériel génétique dans les essais, contribuaient pour 85 % du budget total. Le MAPAQ suivait avec 10 % et les Producteurs de grains du Québec (PGQ) apportaient les 5 % restants. Les $700 000 étaient distribués comme suit : 55 % au réseau céréales, 26 % au réseau des plantes oléoprotéagineuses et 19 % au réseau maïs-grain. Cette répartition du budget colle assez bien avec les proportions du nombre de parcelles de chacun des réseaux soient 62 %, 27 % et 11 % respectivement pour les réseaux céréales, plantes oléoprotéagineuses et maïs-grain.
Selon les données de 2024, il en coûterait donc, en moyenne, un peu plus de $30 par parcelle pour réaliser tout le suivi nécessaire de la mise en place à la récolte et à l’analyse des données des 23 000 parcelles réalisées dans le cadre des RGCQ. Ce coût par parcelle est plus que raisonnable. Certaines activités ont toutefois dû être annulées en 2025 car les budgets disponibles étaient insuffisants. En effet, la maturité physiologique du maïs-grain n’a pas été observée en 2025, ce qui aurait été fort intéressant car les conditions météorologiques semblent avoir affectées l’atteinte de la maturité du maïs-grain dans de nombreuses régions productrices du Québec. D’autres activités essentielles pourraient aussi être remises en question dans un avenir rapproché car l’indexation des budgets au coût de la vie n’a pas été réalisé au cours des 25 dernières années. Au cours de ces 25 dernières années, le taux d’inflation cumulé a oscillé autour des 70 %. Les seules augmentations de budget l’ont été à la suite d’augmentations des coûts exigés aux parrains pour faire tester leurs variétés et hybrides.
En résumé, le RGCQ est un Organisme à But Non Lucratif (OBNL) qui réalise et valide des essais de performance dans le secteur des grandes cultures au Québec. Le RGCQ diffuse les résultats de performance du matériel génétique de maïs, d’espèces oléoprotéagineuses et de céréales sur différentes plateformes au Québec (papier et WEB). Les essais sont réalisés annuellement sur plus de 15 sites différents avec l’aide d’une dizaine de partenaires provenant autant des secteurs publics que privés. Le RGCQ a diffusé, en moyenne, les résultats de près de 500 cultivars et hybrides annuellement au cours des 25 dernières années, ceci en réalisant plus de 19 000 parcelles en moyenne par année. Ce faisant, le RGCQ appuie efficacement le développement durable des grandes cultures au Québec en mettant à la disposition des producteurs des données fiables et objectives sur les performances agronomiques des cultivars et des hybrides.
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Le RGCQ (Réseau des Grandes Cultures du Québec) : Mission et Réalisations.
Publié le 09 janvier 2026
Gilles Tremblay
Agronome
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