La fertilisation minérale en phosphore du maïs-grain au Québec

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La fertilisation constitue un point de régie incontournable afin d’obtenir de bons rendements en grandes cultures et particulièrement l’apport en éléments majeurs azote (N), phosphore (P) et potassium (K). Le maïs est l’une des grandes cultures les plus ensemencées au Québec avec plus de 350 000 ha en moyenne annuellement au cours des 20 dernières années. Les doses recommandées en phosphore pour cette culture n’ont pas beaucoup évolué de 1996 à 2026. D’autre part, il est bien connu que le phosphore est à l’origine de l’eutrophisation des cours d’eau et des lacs. À la suite d’une étude récente basée sur des observations réalisées au Québec, les nouvelles recommandations en phosphore devraient vraisemblablement être revues à la baisse pour la culture du maïs.

En février 2020, lorsque j’étais à l’emploi du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), j’avais écrit un blogue sur les résultats d’une nouvelle étude québécoise portant sur la fertilisation en phosphore du maïs (Résultats d’une nouvelle étude portant sur la fertilisation en phosphore du maïs Agri-Réseau | Blogue). L’article présentait l’analyse des résultats de 370 essais menés au Québec de 1998 à 2004. De manière générale, les auteurs n’avaient observé aucune réponse du maïs à l’ajout de phosphore lorsque l’indice de saturation des contenus en phosphore sur les contenus en aluminium ((P/Al)M3) du sol dépassait le seuil de 5.

L’auteur principal de l’étude soulignait alors que la méthodologie utilisée ne permettait pas d’utiliser les résultats obtenus dans le but de bâtir une grille valide de fertilisation en phosphore pour le maïs. Soit, mais les résultats présentés dans cette étude étaient de nature à laisser entrevoir des baisses possibles des doses recommandées pour la fertilisation en phosphore du maïs au Québec.

De telles baisses avaient d’ailleurs été défendues auparavant par l’agronome Louis Robert pendant de nombreuses années lorsqu’il travaillait comme agronome au sein du MAPAQ. M. Robert ne voyait pas de justifications agronomiques dans le fait que les doses recommandées en phosphore sous forme de P2O5 dans les grilles utilisées au Québec soient systématiquement plus élevées que celles utilisées en Ontario, notre plus proche voisin. Puisque nos conditions climatiques et édaphiques (sol) ressemblent beaucoup à celles de l’Ontario, les doses recommandées en phosphore pour la culture du maïs au Québec devraient aussi ressembler à celles de l’Ontario. Cette déduction semblait logique mais se heurtait à l’absence de données probantes qui pouvaient effectivement le démontrer.

En 2024, j’ai été approché par une équipe du CÉROM qui avait eu le mandat de travailler sur les grilles de recommandations du phosphore pour le maïs. Cette équipe a colligé les données de tous les essais scientifiques disponibles réalisées au Québec sur le sujet dont les données de l’étude de 2020 dont je parlais dans le premier paragraphe de ce blogue. Contrairement à l’étude de 2020, l’étude réalisée en 2024 avait comme tout premier objectif d’établir une nouvelle grille de recommandations en phosphore pour le maïs cultivé au Québec. J’ai participé en tant qu’expert indépendant dans le groupe qui a analysé les résultats obtenus par l’équipe du CÉROM.

Les nouvelles grilles n’étaient malheureusement pas encore disponibles pour la saison 2026 mais elles devraient l’être en 2027, je l’espère. En me basant sur les discussions auxquelles j’ai pris part au sein du groupe d’experts en 2024, les nouvelles recommandations en phosphore pour le maïs ensemencé au Québec devraient être vraisemblablement revues à la baisse.

Il est possible d’estimer les conséquences possibles de cette baisse en utilisant les observations réalisées dans l’étude de 2020 couplée à une base de données du MAPAQ comportant 420 000 analyses de sol en 2017. En utilisant une superficie annuelle en maïs de 350 000 ha, les baisses envisagées dans les recommandations en phosphore pour le maïs pourraient permettre de réduire les apports de phosphore par plus de 5 000 tonnes de P2O5 annuellement pour le Québec.

Les baisses envisagées d’apports en phosphore ne se traduiraient pas par des baisses de rendements pour les producteurs de maïs puisque les doses recommandées de phosphore correspondent aux doses économiques optimales. Ces réductions des doses recommandées permettraient de réduire les quantités de phosphore utilisées dans la culture de maïs et par le fait même, elles permettraient aussi de réduire les pertes potentielles de phosphore dans l’environnement, pertes qui sont l’une des causes de l’eutrophisation des lacs et des rivières.

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