Cultures maraîchères en serre, Avertissement No 9, 22 juillet 2020

Réseau d'avertissements phytosanitaires Avertissement - Cultures maraîchères en serre
On observe divers cas de désordres physiologiques et de carences surtout en lien avec l’irrigation et la transpiration des plants : carence en calcium (pourriture apicale sur tomate et poivron, brûlure de la pointe (tipburn) sur laitue et feuilles en cuillère, dans le concombre), maturation inégale des fruits, carence en magnésium, fentes de croissance, insolation ou collet vert, microfendillement ou « russeting ».

 
CARENCE EN CALCIUM

Les symptômes d’une carence en calcium s’expriment différemment selon les cultures : de la pourriture apicale sur la tomate et le poivron, des jeunes feuilles en cuillère dans le concombre (avertissement No 5), ou encore de la brûlure de pointe (tipburn) dans la laitue.
 
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Liette Lambert, agr. (MAPAQ)

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Julie Marcoux, t.p. (MAPAQ)



La carence en calcium est reliée à l’absorption de l’eau par les racines, puis à son transport dans le plant. Le calcium voyage dans l’eau de transpiration, mais aussi grâce à la pression racinaire qui se produit surtout durant la nuit et le matin, avant que les plants ne transpirent activement.   

Par son rôle direct dans la formation des parois cellulaires, le manque en calcium se verra d’abord au niveau des jeunes tissus à croissance rapide, particulièrement en temps de canicule et d’ensoleillement intense. Le calcium se dirige donc vers les organes qui transpirent le plus, soit les vieilles feuilles au détriment des fruits et des jeunes feuilles. Alors, trop de feuilles peuvent monopoliser le calcium au détriment des fruits qui, par ailleurs, doivent aussi être protégés des rayons du soleil. Il faut trouver le bon équilibre feuilles/fruits.

Sachant que 50 % de tout le calcium est absorbé par l’extrémité racinaire, tout ce qui limite l’absorption d’eau par les racines peut causer cette carence : racines déficientes ou malades; excès d’eau qui asphyxie les racines; excès de sels dans le terreau ou dans la solution nutritive qui brûlent les racines; irrigations insuffisantes ou trop fluctuantes; excès d’azote sous forme ammonium (NH4+) ou de potassium ou de magnésium qui sont 3 cations pouvant réduire l’absorption du calcium; croissance trop rapide des plantes et des fruits en raison d’une trop grande demande en calcium pour les nouveaux tissus. Que faire pour limiter les dégâts?

Recommandations 
N'oubliez pas que lorsqu'on apporte 6 L/m2 d'eau et plus par jour, on doit hausser la teneur en calcium de la recette de 10 %. Assurer un bon apport de calcium dans la fertilisation en évitant les excès d’azote sous forme ammonium (NH4+ a un fort effet antagoniste). Attention également aux apports de potassium (K) excessifs qui ont un effet néfaste sur l’absorption du calcium (Ca) par un rapport K/Ca élevé dans les feuilles.

Éviter que les plants ne fanent, puisque ce faisant, le plant se protège en cessant de transpirer et le calcium ne migre plus normalement vers les tissus, ce qui laisse place à la pourriture apicale. Un arrosage de nuit pour remouiller le substrat peut réduire le phénomène, puisque le calcium migre tout de même dans la plante durant la nuit.
 
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Julie Marcoux, t.p., (MAPAQ)

  • Si la charge en fruits est faible, il peut être préférable de laisser quelques fruits atteints sur le plant comme réserve en eau, et réduire le nombre de feuilles.
  • Les variétés à gros fruits de type « Beef » sont plus sensibles.
  • Éviter les salinités excessives qui brûlent la pointe des racines, là où 50 % du calcium est absorbé.
  • Le pH du terreau inférieur à 5,4 limite grandement l’absorption du calcium.
  • Les éléments suivants favorisent son absorption : le phosphore, le bore et les chlorures.
  • Au besoin, pour sauver les prochains fruits, pulvériser, chaque semaine, du chlorure de calcium (généralement 5 g/litre de CaCl2) directement sur les tout jeunes fruits en formation, soit 7 ou 10 jours après la pleine floraison, période durant laquelle les fruits sont le plus sensibles à la carence.  
Pour plus d'information :
  • Fiche technique sur la pourriture apicale de la tomate de serre
  • Fiche technique sur le « Tip Burn » dans la laitue en serre
  • Nécrose apicale du poivron sur le portail Ephytia.
     
 

 

MATURATION INÉGALE DE LA TOMATE
 
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Liette Lambert, agr. (MAPAQ)

  • Le potassium est souvent en cause. Une légère augmentation du niveau de potassium peut faire la différence, tout comme une meilleure gestion de la transpiration des plants, puisque le potassium emprunte également ce canal. Il est donc important d’activer la transpiration des plants le matin avant d’irriguer.
  • Le problème est accentué par un déséquilibre avec un excès d’azote sous forme d’ammonium (NH4+), de calcium (Ca), ou de magnésium (Mg).
  • Dans sa forme sévère, des vaisseaux noircis indiquent des coups d’eau subits dans la plante : sol sec/humide ou variations importantes de salinité (CE).
  • Garder plus de feuillage pour créer de l’ombrage aux fruits.
  • Consultez la Fiche technique sur la maturation inégale (blotchy) de la tomate.

 
CARENCE EN MAGNÉSIUM
 
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Liette Lambert, agr. (MAPAQ)

 

  • Localisée au tiers inférieur du plant, cette carence arrive souvent lors d’une forte charge en fruits, d'une asphyxie racinaire ou simplement d'un manque de magnésium dans la recette fertilisante.
  • Augmenter légèrement le niveau de magnésium au goutteur par rapport au potassium et au calcium.
  • Parce que c’est l’usine photosynthétique qui transforme l’énergie lumineuse en sucres pour le plant, ne pas négliger de corriger cette problématique pour maintenir un bon niveau de photosynthèse. Pour ce faire, vous pouvez effectuer une pulvérisation foliaire de sel d’Epsom, tôt le matin, à raison de 20 à 30 grammes par litre d’eau.

 
LES FENTES DE CROISSANCE
  
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Catherine Sylvestre (CRAM)



Consultez la Fiche technique sur les fendillements dans la tomate de serre.

 
COLLET JAUNE OU VERT (INSOLATION)

Consultez la Fiche technique sur le collet vert dans la tomate de serre.

 
Toute intervention de contrôle d’un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des risques associés à l’utilisation des pesticides.



Cet avertissement a été rédigé par Liette Lambert, agronome (MAPAQ), en collaboration avec le réseau des serres sentinelles (CRAM). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l'avertisseure du réseau Cultures maraîchères en serre ou le secrétariat du RAP. La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d’en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.
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