Grandes cultures, Avertissement No 23, 6 novembre 2020

Réseau d'avertissements phytosanitaires Avertissement - Grandes cultures

3 ACTIONS À PRENDRE DÈS MAINTENANT POUR DIMINUER L'UTILISATION DES PESTICIDES EN 2021

Plusieurs producteurs achètent à l’automne les semences pour le printemps prochain. Le choix des cultures et des cultivars qui seront ensemencés influence les risques de rencontrer des problèmes liés aux mauvaises herbes, aux insectes et aux maladies. Vous trouverez ici trois aspects à considérer lors de l’achat des semences afin de diminuer l’utilisation des pesticides lors de la saison prochaine et ainsi limiter l’impact de ces produits sur la santé et l’environnement.

1. Planifiez vos rotations et ajoutez-y des cultures de couverture
En plus des bénéfices économiques découlant de l’amélioration de la qualité des sols, la succession, d’une année à l’autre, d’au moins trois cultures différentes dans un champ donné, permet de réduire la pression ou de perturber le cycle de développement des insectes ravageurs, de couper le cycle des maladies et d’améliorer le contrôle des mauvaises herbes. Un sol bien structuré et riche en matière organique permet une émergence rapide des cultures et rend les plants moins sujets aux maladies racinaires. La rotation des cultures facilite également la rotation des groupes d’herbicides (groupes de résistance) qui est essentielle pour lutter contre le développement de mauvaises herbes résistantes aux herbicides. 

Par exemple, si un champ de maïs a été affecté par la chrysomèle des racines du maïs, la rotation est la méthode de lutte la plus efficace pour lutter contre ce ravageur. La présence de pourriture à sclérotes dans un champ de soya est aussi une problématique qui peut être atténuée par la rotation. L’effet sur cette maladie est particulièrement important si la culture est suivie d’une céréale semée en travail réduit du sol. Cette régie favorise la germination des sclérotes au printemps suivant dans une culture non-cible. Comme les sclérotes ne germent qu’une fois, c’est un bon moyen pour les « épuiser ».

Rotation$ + est un outil créé pour faciliter la planification des rotations; il permet de comparer différents scénarios en intégrant les prix du marché et les différentes composantes qui déterminent les coûts de production (machinerie, fertilisation, etc.).
 

Dans tous les types de régie, les cultures de couverture peuvent être intégrées au programme de rotations des cultures. En plus de freiner le développement des mauvaises herbes, elles contribuent à augmenter la présence d’insectes bénéfiques dans un champ. Il faut toutefois s’y prendre d’avance pour choisir les espèces, commander les semences et planifier les travaux d’ensemencement.

2. Choisissez des cultivars qui offrent de la tolérance ou de la résistance aux ravageurs problématiques sur votre entreprise
Le guide du Réseau Grandes Cultures du Québec (RGCQ) est un outil précieux pour choisir des cultivars de maïs, de soya, de canola, de blé, d’avoine et d’orge bien adaptés à nos conditions grâce à des résultats d’essais réalisés dans différentes régions du Québec, comparant les cultivars entre eux. Cliquez sur les liens suivants pour accéder à ce guide en format PDF ou à sa version interactive. En plus des rendements obtenus et autres caractères agronomiques, voici, par culture, les insectes et les maladies pour lesquels des informations sur la tolérance ou la résistance des cultivars sont incluses :
 
  • Soya : pourriture à sclérotes (aucun cultivar n'est complètement résistant, mais certains sont plus tolérants que d’autres), nématode à kyste du soya et pourriture phytophthoréenne
  • Blé : fusariose de l’épi, oïdium (blanc), rouille brune, rouille jaune, taches foliaires et jaunisse nanisante
  • Avoine : jaunisse nanisante, tache ovoïde et rouille couronnée
  • Orge : fusariose, taches foliaires, oïdium (blanc) et rouille des feuilles
  • Maïs : pyrale du maïs, chrysomèle des racines du maïs, ver de l’épi du maïs, ver-gris noir, légionnaire d’automne et ver-gris occidental des haricots

Les guides des semenciers offrent également de l’information sur la tolérance des variétés aux maladies foliaires et aux maladies de tiges ainsi qu’à la tolérance à la fusariose de l’épi. En ce qui concerne le soya, les guides de certains semenciers indiquent aussi la tolérance de leurs cultivars à d’autres maladies citées plus haut comme la brûlure phomopsienne.

La pression de la cicadelle de la pomme de terre a été élevée en 2020 dans plusieurs prairies composées de luzerne. Dans une moindre mesure, des champs de luzerne ont également été affectés en 2019 et 2017. Comme cet insecte ne survit pas à l’hiver au Québec, il est difficile de prévoir la pression de la cicadelle lors de la prochaine saison. Certains cultivars de luzerne tolérants à la cicadelle de la pomme de terre sont disponibles chez les semenciers. Si vous envisagez de semer ces cultivars en 2021, informez-vous auprès de votre semencier pour en savoir davantage sur leur disponibilité et leur performance dans les conditions québécoises.

Dans le cas des hybrides de maïs tolérants à certains insectes (hybrides Bt), rappelons que ces insectes peuvent développer de la résistance à ces technologies.  Aux États-Unis, plusieurs populations de chrysomèles des racines du maïs sont résistantes à certains caractères Bt. Des cas de résistance à la chrysomèle ont également été confirmés en Ontario. La vigilance est donc de mise au Québec. En 2019, la présence de pyrale du maïs résistante à certains hybrides Bt comprenant un seul caractère génétique (Cry1F) a aussi été confirmée en Nouvelle-Écosse. Il est donc primordial d’utiliser les technologies Bt seulement en cas de besoin et de respecter les exigences de refuge, ainsi que toutes les autres bonnes pratiques associées à l'utilisation d'hybrides Bt (dont la rotation des gènes de résistance).  

Pour ce qui est du ver-gris occidental des haricots, une seule technologie Bt Vip3A offre une protection. Dans le but de conserver l’efficacité de cette technologie, il est justifié de la réserver uniquement aux champs les plus à risque. Pour en savoir plus sur les facteurs de risque, veuillez consulter la fiche technique Ver-gris occidental des haricots dans le maïs (grain et ensilage).

3. Limitez votre utilisation des semences traitées qu’aux champs où ce peut être recommandé
Les semences d’hybrides de maïs actuellement vendues sont souvent enrobées d’un insecticide. Deux classes d’insecticides de semences sont disponibles sur le marché, les néonicotinoïdes (CRUISER 5FS, PONCHO 600FS (250), NIPSIT INSIDE 600, GAUCHO 600FL et SOMBRERO) et les diamides (LUMIVIA, FORTENZA, ACCELERON I-374 et REATIS 480 FS). Pour tous ces insecticides, leur usage doit faire l’objet d’une recommandation agronomique. À cet effet, les pages 26 et 27 du document Grille de référence et ligne directrice concernant la recommandation sur l’utilisation des traitements de semences insecticides dans le maïs et le soya produit par l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) résument les principaux facteurs de risque que les agronomes doivent considérer pour émettre une recommandation. En ce qui concerne les néonicotinoïdes, l’encadrement réglementaire est plus restrictif, car leur achat et leur utilisation nécessitent une prescription agronomique (document appuyé par une justification agronomique).

Au Québec, il a été démontré que l’utilisation systématique des semences traitées aux insecticides n’est pas justifiée dans la culture du maïs, puisque les principaux ravageurs des semis, les vers fil-de-fer, ne causent des dommages économiques que dans une très faible proportion des champs. L’outil VFF QC permet de déterminer le niveau de risque (faible, moyen ou élevé) d’un champ pour évaluer s’il se retrouve avec des populations atteignant le seuil économique d’intervention selon l’espèce de ver fil-de-fer. Sur la page d'accueil de VFF Québec, vous trouverez davantage d’explications sur son utilisation et l’interprétation des résultats obtenus.

Pour avoir accès à des semences sans traitement insecticide, il est généralement nécessaire de passer des commandes tôt à l’automne. En collaboration avec les compagnies semencières, une liste des hybrides de maïs disponibles pour la saison 2021 avec traitements de semences aux fongicides seulement (sans insecticides) a été publiée dans un bulletin d'information du RAP. Dans ce communiqué, vous trouverez également des informations sur les facteurs de risque et les moyens de lutte en lien avec tous les insectes, dont les vers fil-de-fer, pour lesquels les traitements de semences sont homologués.

En ce qui concerne la culture du soya, l’utilisation de semences enrobées d’insecticide pour lutter contre les vers fil-de-fer n’est pas justifiée, puisque ces insectes ne sont pas ou très peu attirés par le soya. Dans de rares cas, certains champs de soya peuvent toutefois être aux prises avec des problèmes de mouche des semis ou de vers blancs. Dans ces cas, les facteurs de risque, les méthodes préventives et les moyens de lutte énoncés dans le bulletin cité plus haut aident à prendre une décision éclairée quant à l’achat de semences traitées ou non.

Les traitements insecticides de semence sont efficaces pendant une période de trois à quatre semaines. Bien que la plupart de ces traitements soient homologués pour contrôler le puceron du soya, ils ont un effet négligeable sur ceux-ci, puisqu’ils arrivent dans la culture vers la fin juin et que le traitement de semence n’est alors plus efficace. Nos meilleurs alliés pour contrôler le puceron du soya sont les ennemis naturels tels que les coccinelles. Autant les protéger en évitant les insecticides de semence.


Pour plus d'information
 
 
  • Vers blancs : les connaissez-vous vraiment?
  • Fiche technique du RAP Grandes cultures sur la Mouche des semis
  • Brochure de la Caravane Santé des Sols (dans laquelle vous trouverez des informations pratiques [taux de semis, besoin en eau, propriétés, etc.] sur les cultures de couverture)
  • Page Facebook Cultures de couverture du Québec



Cet avertissement a été rédigé par Isabelle Fréchette, agr. (CÉROM), en collaboration avec Line Bilodeau, agr. (MAPAQ), Sébastien Boquel, entomologiste (CÉROM), Hélène Brassard, agr. (MAPAQ), Brigitte Duval, agr. (MAPAQ), Véronique Samson, agr. (MAPAQ) et Julien Saguez, entomologiste (CÉROM). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l’avertisseure du réseau Grandes cultures ou le secrétariat du RAP. La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.

Le Réseau d'avertissements phytosanitaires (RAP) a pour mission d'informer les producteurs et autres intervenants du domaine agroalimentaire québécois au sujet de la présence et de l'évolution des ennemis des cultures dans leurs régions respectives, et au sujet des meilleures stratégies pour les gérer. Les communiqués du RAP Grandes cultures sont diffusés gratuitement par ces trois canaux : par courriel, via le site Web d’Agri-Réseau et via Twitter. 
 
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