Grandes cultures, Avertissement No 2, 8 mai 2026


Vers fil-de-fer : préparez-vous à dépister. Mouche des semis : pics d'activité 2026 et pratiques pour réduire les risques de dommages. Début de saison de dépistage de la légionnaire uniponctuée : déjà des captures dans quelques régions. Ver-gris-noir : premières captures de papillons. Une bonne pratique lors des semis : consigner les informations sur les semences utilisées.
 

VERS FIL-DE-FER : PRÉPAREZ-VOUS À DÉPISTER
M.-E. Cuerrier1, S. Boquel2, B. Duval1, J. Saguez2 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)

Malgré les conditions pluvieuses des dernières semaines et la température sous les normales saisonnières, les semis ont débuté dans certaines régions. Préparez-vous à dépister les ravageurs des semis, notamment les vers fil-de-fer (VFF).

Au printemps, les VFF remontent progressivement vers la surface lorsque le sol se réchauffe. Bien qu’il soit possible d’en observer dès que la température de sol est autour de 8 °C, le dépistage des VFF devrait débuter lorsque le sol atteint une température moyenne de 12 °C. Débuter le dépistage trop tôt pourrait entraîner une sous-estimation des populations présentes dans les champs. En date du 8 mai, toutes les régions au Québec présentaient des températures de sol sous les 12 °C (Image 1). Mesurez périodiquement la température du sol à 10 cm de profondeur ou consultez les données pour votre secteur sur Agrométéo Québec.

Les VFF sont attirés par les semences en germination et deviennent plus actifs pendant cette période. Idéalement, les pièges devraient être installés au moment du semis, afin d’éviter qu’ils soient perturbés par le passage de la machinerie.

Le RAP Grandes cultures a élaboré une trousse sur les vers fil-de-fer regroupant différents documents sur ces ravageurs, incluant les méthodes de dépistage standard et allégée pouvant être utilisées. Un protocole simplifié sur l’évaluation des problématiques observées à la levée du maïs est nouvellement proposé dans cette trousse. Cette année encore, l’identification des VFF sera offerte gratuitement par le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) du MAPAQ.

Des formations sur l’identification des ravageurs des semis et sur l’évaluation des dommages aux cultures seront offertes dans certaines régions au cours du mois de juin par une équipe d’experts. Les dates seront annoncées prochainement. Restez à l’affût!
 
Image Agri-Réseau

Image 1 : Température du sol à 10 cm de profondeur, selon les conditions observées le 8 mai, 9 h 00

Source : Agrométéo Québec

 

MOUCHE DES SEMIS : PICS D'ACTIVITÉ 2026 ET PRATIQUES POUR RÉDUIRE LES RISQUES DE DOMMAGES
S. Boquel2, V. Samson1, S. Mathieu1 et B. Duval1
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)

Les larves de la mouche des semis, un ravageur sporadique en grandes cultures, se nourrissent des grains de soya et de maïs en germination. Elles s’attaquent aussi aux racines et aux plantules. Une mortalité des plantules, des manques à la levée ou des retards de croissance peuvent être des signes de leur présence. Au Québec, le pic d’activité de la mouche arrive habituellement vers la fin de la période des semis et peu de champs sont donc endommagés. Les conditions fraîches et pluvieuses observées actuellement pourraient cependant favoriser ce ravageur.

Pic d’activité
Le CÉROM a développé un modèle basé sur l’accumulation de degrés-jours permettant d’estimer la date du pic d’activité printanier maximal de la première génération de mouches des semis (50 % des adultes émergés). Ces dates permettent notamment d’identifier les périodes où les champs pourraient être plus à risque, particulièrement lorsque les semis coïncident avec ces périodes et que plusieurs des facteurs de risque sont réunis.

Les dates estimées par le modèle (le 7 mai 2026), pour Saint-Anicet (Montérégie-Ouest), Saint-Germain-de-Grantham (Centre-du-Québec) et Saint-Bernard (Chaudière-Appalaches) sont le 20 mai, le 26 mai et le 3 juin, respectivement. Les dates de pic prévues pour les différentes régions du Québec peuvent être consultées ici.

Il est important de préciser que le modèle prévisionnel permet d’estimer les périodes de pics d’activité printaniers de la mouche des semis, mais pas le niveau d’infestation de l’insecte ni l’importance des dommages occasionnés à la culture. Ces derniers doivent être évalués directement au champ.

Facteurs de risque et pratiques permettant de réduire les dommages
Les situations suivantes peuvent augmenter le risque de dommages :
  • Épandage récent de fumier, lisier ou incorporation de résidus végétaux frais (ex. : cultures de couverture). Le fumier de poulet appliqué moins de deux semaines avant le semis est particulièrement à éviter.
  • Conditions ralentissant la germination et la levée (sols froids, humides ou à forte capacité de rétention d’eau).
  • Champs récemment travaillés, humides et riches en matière organique (les systèmes avec peu ou pas de travail du sol présentent généralement moins de dommages).
  • Champs ayant déjà subi des dommages ou ayant été en céréales deux à trois ans auparavant peuvent être plus à risque, si d’autres conditions favorables sont réunies.
  • Forte présence de mauvaises herbes.

Certaines pratiques peuvent contribuer à réduire les risques :
  • Ne pas épandre de fumier ou de lisier et ne pas incorporer des résidus végétaux frais peu avant le semis. Il est recommandé d’enfouir ces matières organiques bien avant de semer (idéalement à l’automne ou au moins deux à trois semaines avant le semis).
  • Éviter, lorsque possible, les semis dans les champs à risque pendant les périodes de pics d’activité de la mouche des semis.
  • Favoriser une levée rapide grâce à un lit de semences bien préparé, une profondeur de semis adaptée et des conditions favorables de température et d’humidité. Ceci limite la durée d’exposition des semences aux larves et réduit le risque de dommages.
  • Ajuster la densité de semis afin de compenser partiellement les pertes de plants.

Dépistage et suivi des dommages
La présence de larves et les premiers dommages peuvent généralement être observés environ deux semaines après les pics d’activité printaniers. Une attention particulière devrait être portée au moment de la levée de la culture dans les champs à risque. Afin de faciliter le diagnostic des problèmes observés à la levée, le RAP propose l’utilisation d’un protocole de suivi de la levée du maïs. Celui-ci permet d’évaluer différents types de problématiques, qu’elles soient causées par des insectes, des maladies ou d’autres facteurs. Voici le lien : Protocole d’évaluation de la levée du maïs et des dommages aux plantules.

Pour en connaître davantage sur ce ravageur, les facteurs de risque et les méthodes de prévention et de lutte, consultez la fiche technique Mouche des semis.

Pour plus d’information, consultez les documents suivants :
  • Webinaire Mise au point des connaissances sur la mouche des semis (2021; 1h36);
  • Webinaire Gestion intégrée de la mouche des semis dans les grandes cultures (2022; 24 min);
  • Présentation Mouche des semis : Connaître les facteurs de risque pour mieux protéger ses cultures (2025; PDF).
 

DÉBUT DE SAISON DE DÉPISTAGE DE LA LÉGIONNAIRE UNIPONCTUÉE : DÉJÀ DES CAPTURES DANS QUELQUES RÉGIONS
J. Saguez2, V. Samson1 et D. Froment1
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)

Depuis fin avril, des pièges sont installés à travers la province pour effectuer le suivi des populations de légionnaire uniponctuée, une espèce de papillon qui n’est pas connue pour survivre actuellement au Québec et qui migre donc chaque printemps depuis le sud des États-Unis.
 
Image Agri-Réseau

Pièges utilisés pour le suivi de la légionnaire uniponctuée au Québec. À gauche : piège Héliothis. À droite : exemple de piège automatisé

Photos : J. Saguez (CÉROM)


Les relevés de pièges effectués les 4 et 5 mai ont permis d’identifier le ravageur à deux sites, dont 33 spécimens capturés à la Pocatière dans le Bas-Saint-Laurent et 2 spécimens, à Sainte-Anne-des-Plaines dans les Basses-Laurentides.

Les adultes de la légionnaire uniponctuée sont beige à brun rougeâtre et présentent une unique tache blanche au centre de l'aile ainsi qu'une bande longitudinale brun-orangé près de la marge des ailes antérieures. Ils ne sont pas dommageables pour les cultures.
 
Image Agri-Réseau

Adulte de légionnaire uniponctuée

Photo : J. Saguez (CÉROM)


Les femelles pondent leurs œufs dans les cultures de graminées et les cultures de couverture de graminées. Après éclosion, les larves peuvent se nourrir de jeunes plants de céréales et de maïs ou dans les prairies de graminées entre autres. Les secteurs dans lesquels des papillons sont capturés en abondance devront faire l’objet d’une surveillance accrue des larves d’ici quelques semaines, après les semis. Nous vous invitons à suivre les prochains avertissements pour déterminer les situations nécessitant un dépistage des larves.

Pour en savoir plus :
Fiche IRIIS Phytoprotection Légionnaire uniponctuée.
 

VER-GRIS-NOIR : PREMIÈRES CAPTURES DE PAPILLONS
B. Duval1, S. Mathieu1, V. Samson1 et J. Saguez2
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)

Des papillons de ver-gris noir (VGN) ont été capturés en quantité variable dans presque tous les pièges installés au Québec pour la période se terminant le 4 mai (tableau 1). La situation actuelle est comparable à celle habituellement observée à cette période de l’année. Les papillons ne causent toutefois pas de dommages aux cultures. Ce sont les larves (chenilles) qui peuvent endommager les jeunes plants de maïs, généralement à partir du début du mois de juin jusqu’au début du mois de juillet.

Le ver-gris noir est un papillon migrateur provenant des États-Unis et figure parmi les premiers insectes suivis au printemps par le RAP Grandes cultures afin d’identifier les périodes où les populations sont plus importantes. Le nombre de papillons capturés est un indicateur de la présence de l’insecte dans un secteur. Le RAP déterminera au cours des prochaines semaines les périodes où les cultures, principalement le maïs, pourraient être à risque d’être endommagées.

Les champs de maïs les plus à risque sont ceux qui présentent un ou plusieurs des critères suivants :
  • Présence d’une culture de couverture ou d’une céréale d’automne détruite moins de 14 jours avant le semis ;
  • Abondance élevée de mauvaises herbes;
  • Semis direct, particulièrement sur un précédent de prairie ou de soya;
  • Semis tardif.

Pour en savoir plus, consultez la fiche technique Ver-gris noir.

Au cours des prochaines semaines, une vigilance particulière sera requise, notamment dans les champs avec des couverts végétaux (culture de couverture, céréale d’automne, etc.). Ceux-ci devraient être détruits au moins 14 jours avant le semis du maïs, afin de priver les larves de leur source d’alimentation.

Suivez les prochains avertissements pour connaître l’évolution des populations de papillons, les périodes probables d’apparition des premiers dommages causés par les larves et le meilleur moment pour dépister les champs de maïs.

Tableau 1 : Captures de papillons de ver-gris-noir pour la période se terminant le 4 mai
Image Agri-Réseau
 

UNE BONNE PRATIQUE LORS DES SEMIS : CONSIGNER LES INFORMATIONS SUR LES SEMENCES UTILISÉES
B. Duval1, I. Bernard1, S. Boquel2, M.-E. Cuerrier1, J. Saguez2 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)

Avec le début des semis, il est recommandé de consigner les informations concernant les semences utilisées dans chaque champ. Ces renseignements peuvent s’avérer très utiles tout au long de la saison, notamment pour faciliter le diagnostic de certains problèmes au champ, orienter les interventions phytosanitaires et éviter certaines erreurs.

Les informations suivantes devraient être conservées :
  • Les traits technologiques de tolérance aux herbicides – cliquez ici pour consulter un tableau résumant les technologiques offertes dans les cultures de maïs et de soya;
  • Les traits de résistance aux insectes (protéines insecticides Bt et ARNi) – cliquez ici pour consulter le tableau des technologies de maïs exprimant des protéines insecticides disponibles au Canada;
  • Les traitements de semences (insecticides, fongicides, nématicides, etc.);
  • Les numéros de lot des semences utilisées peuvent également être utiles.

Pourquoi ces informations sont-elles importantes?
Ces informations peuvent être essentielles pour bien comprendre certains problèmes observés au champ et intervenir adéquatement.

Par exemple :
  • En cas de phytotoxicité liée à un herbicide, l’absence d’information fiable sur le type de semence utilisée (ex. : soya tolérant ou non au dicamba), peut compliquer l'identification de la cause des dommages.
  • Si des chenilles ou des chrysomèles des racines du maïs causent des dommages au maïs, il est important de savoir si l'hybride possède ou non des traits technologiques ciblant ces insectes. Cela peut aider à déterminer si la situation est normale ou s’il pourrait s’agir d’un cas de résistance nécessitant des vérifications supplémentaires.

Compatibilité entre les herbicides et les semences utilisées
Les herbicides appliqués en brûlage, en présemis ou en prélevée doivent être compatibles avec les semences utilisées. Par exemple, un herbicide à base de dicamba ne devrait être appliqué en présemis que si du soya tolérant au dicamba est semé. Semer du soya ne possédant pas ces technologies dans un champ traité avec du dicamba, même en brûlage, peut entraîner une phytotoxicité sévère.

La présence de variétés ou d’hybrides ayant différentes caractéristiques technologiques dans un même champ peut compliquer les choix de traitements herbicides, puisque les produits utilisés devront être compatibles avec l’ensemble des variétés ou des hybrides présents.

Les directives inscrites à l’étiquette doivent toujours être respectées.

Quelques astuces simples pour bien conserver l’information :
  • Conserver quelques sacs vides ou étiquettes dans un endroit désigné, identifiés avec les numéros des champs concernés;
  • Prendre une photo de chaque étiquette de sac avant le semis, incluant les informations sur les traits technologiques et les traitements de semences;
  • Consigner les informations sur les semis dans un carnet (papier ou numérique), en notant pour chaque champ la variété ou l’hybride, les traits technologiques, les traitements de semences, la date de semis et les conditions au moment du semis;
  • Partager l’information avec les personnes concernées (conseillers, partenaires, employés) pour éviter les erreurs ou les oublis.

Pour des rappels utiles sur l'utilisation des caractères technologiques de tolérance aux herbicides dans le maïs et le soya, consultez l’avertissement N° 5 du 31 mai 2024.

Pour plus d’information sur les bonnes pratiques liées au maïs exprimant des protéines insecticides, consultez les documents suivants :
  • Stratégie de prévention contre la résistance de la chrysomèle des racines du maïs au maïs Bt
  • Pyrale du maïs dans le maïs de grande culture : surveillez le développement de la résistance au Bt.
 
Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques.



Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l’avertisseure du sous-réseau Grandes cultures ou le secrétariat du RAP. Édition : Lise Bélanger (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.