
Météo : températures de saison laissant place à la chaleur, précipitations significatives par endroits. Développement de la culture : bonnes conditions en général, semis en voie d'être complétés, levée dans les normes, apparition de fleurs dans des semis de primeurs. Ravageurs : doryphores plus actifs, ponte en hausse et début d’éclosion (sud de la province), faible activité de quelques autres insectes. Maladies : pourritures de plantons en suivi, contrôle du mildiou et de la dartrose. Mauvaises herbes : fin ou poursuite des interventions et retouches par endroits. Gestion des volontaires.
CONDITIONS MÉTÉROLOGIQUES
Pour la période 5 au 11 juin 2026, des températures près des moyennes de saison ont été enregistrées un peu partout en début de période. Puis, la venue d’une masse d’air plus chaud s’est propagée en province à partir du 8 juin avec des mercures atteignant 30 °C. Des nuits ont été plus douces également (consultez le sommaire agrométéorologique). Les précipitations ont été variables à travers la province, survenant surtout les 6 et 7 juin, mais aussi le 10 juin, selon le secteur. Les régions de l’ouest et certaines du sud ont été plus arrosées avec des cumuls élevés par endroits (ex. : Saint-André-Avellin en Outaouais, avec 36 mm le 6 juin et 49 mm le 10 juin). Du temps venteux a encore été observé par endroits, dont en Capitale-Nationale avec des rafales atteignant jusqu’à 77 km/h près du fleuve le 7 juin (voir la carte des précipitations cumulées au cours des sept derniers jours). Du vendredi 12 juin au jeudi 18 juin, Environnement Canada prévoit des températures généralement au-dessus de la moyenne de vendredi à dimanche selon la région, puis un retour à des valeurs plus saisonnières ensuite. Le temps sera plus instable avec des risques de précipitations pour plusieurs journées. Des cumuls significatifs sont possibles plus pour dimanche.
DÉVELOPPEMENT DE LA CULTURE
La culture progresse bien, malgré le printemps plus frais et humide, à la suite du temps plus chaud de la dernière semaine. Les semis sont terminés, sauf dans l’est de la province, mais le tout devrait se conclure sous peu. L’émergence des plants est plus rapide avec une température du sol à la hausse, dépassant même parfois la moyenne pour la date. La levée pour certains cultivars, dont 'Reveille Russet', est encore inégale cette année, incluant des plants fripés et pâles (mais moins prononcé cette année). Les plants les plus avancés affichent un tout début de floraison et sont en phase de croissance active. Plus de détails sont disponibles dans le tableau 1. Il n’y a pas eu vraiment d’épisodes météo néfastes à la culture dans la dernière semaine, les jeunes plants supportant bien la chaleur. Les sols sont généralement encore bien pourvus en humidité, l'irrigation n’a pas encore été nécessaire et des précipitations sont attendues selon les prévisions météo. Les activités de sarclage/buttage se poursuivent ou débutent selon la région et le producteur.
Tableau 1 : État d'avancement des semis pour des producteurs types selon les collaborateurs du RAP et comparaison avec la saison 2025 (en date du 11 juin 2026)
| Régions | Superficies ensemencées1 | Stades de la culture (primeur)3 | ||
| 2026 | 2025 | 2026 | 2025 | |
| Montérégie-Est et Montérégie-Ouest | 100 % | 90 à 100 % | Bouton floral à début floraison |
Bouton floral |
| Outaouais | 100 % | 100 % | Plants 5-10 cm | Plants 10-15 cm |
| Lanaudière | 100 % | 100 % | Bouton floral | Bouton floral |
| Centre-du-Québec et Mauricie | 100 % | 100 % | Bouton floral | Plants 20 cm à début bouton floral |
| Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches | 100 % | 100 % | Plants 20 cm à bouton floral |
Plants 20 cm à début bouton floral |
| Gaspésie | 80 à 100 % | 70 à 100 %2 | Plants 5 à 8 cm | Début levée |
| Bas-Saint-Laurent | 90 à 100 % | 70 à 100 %2 | Plants 10 cm | Début levée |
| Saguenay–Lac-Saint-Jean | ND4 | 70 à 100 %2 | ND | Début levée |
GESTION DES RAVAGEURS
Les doryphores de la pomme de terre adultes dans les parcelles sont plus fréquents dans les régions du sud et du centre de la province, alors qu’ils n’ont pas encore été remarqués ailleurs. Des envolées sont également rapportées dans le secteur sud. Les populations augmentent graduellement en bordure de parcelles. La ponte s’amplifie aussi et quelques collaborateurs (Montérégie, Lanaudière) ont noté l’arrivée de jeunes larves. Pour un contrôle optimal, selon les données du dépistage, il faut viser les larves des stades 1 et 2 (ne pas attendre de dépister trop de grosses larves de stade 3) sur les plants avant d’intervenir, surtout par temps chaud, et ce, quel que soit le produit utilisé. Des adultes sont observés mourant à la base de plants, ce qui indique une bonne efficacité (à court terme) du produit appliqué lors du semis. Des adultes de la coccinelle maculée sont observés dans des parcelles de la région de Québec, entre autres. Cette espèce de coccinelle est un des premiers auxiliaires de la saison dans la pomme de terre qui aide au contrôle de certains ennemis de la culture, dont les pucerons et le doryphore (œufs). Il faut donc éviter les traitements non nécessaires à cette période-ci pour préserver ces insectes utiles.
Dans les parcelles où le dépistage de la cicadelle de la pomme de terre est débuté (sud et centre de la province), les captures sur les pièges jaunes englués varient de nulles à faibles. Il est rapporté dans le secteur sud des adultes affaiblis ou morts sur des plants (avec traitement insecticide au semis). C’est donc le temps d’installer les pièges dès la levée de la culture (en particulier pour les parcelles sans utilisation d’insecticide au semis) afin de bien déterminer le début et l’intensité de la pression des populations de cicadelles. Avec les coupes de foin en cours par endroits, combinées à la chaleur, un suivi devrait être fait pour les parcelles de pommes de terre à un stade plus avancé qui sont à proximité.
Concernant d’autres ravageurs suivis par le RAP et actifs présentement, voici des observations rapportées par des collaborateurs :
- Un début d’activité de vers gris (Lanaudière, Mauricie) avec quelques plants coupés dans des parcelles. On rappelle que ces bioagresseurs sont actifs lors des nuits plus chaudes, ce qui est le cas ces temps-ci.
- La présence de punaises pentatomidés adultes (punaise à bouclier), pouvant causer un flétrissement de bout de jeunes tiges de pomme de terre par leur piqûre, mais sans impact rapporté sur la culture présentement.
- Aucune nouvelle activité de vers fil-de-fer.
GESTION DES MALADIES
Même si on rapporte de nouvelles observations de pourritures de plantons cette semaine au sud et au centre, la situation demeure présentement sous contrôle. Un suivi est toujours en cours dans des cas précédemment identifiés. Comme mentionné la semaine dernière, la présence de pourritures surprend certains collaborateurs malgré de belles conditions de sol. Dans les secteurs plus à l’est et au nord, il est trop tôt pour brosser un portrait. Les températures de sol présentement plus chaudes permettent une germination et une levée plus rapide. En contrepartie, cela peut mener à des conditions idéales pour le développement de champignons ou de bactéries favorisant la décomposition au niveau des plantons et du sol.
Peu de nouveaux cas de rhizoctone brun ont été mentionnés en cours de période, demeurant sans trop d’impact sur la culture.
Selon le site Web PlantAid, aucun cas de mildiou de pomme de terre n’a encore été rapporté en Amérique du Nord jusqu'à présent. La même situation vaut pour d'autres sources plus régionalisées sur le suivi de la culture de la pomme de terre en Amérique du Nord. L’arrivée de la mi-juin indique le début du suivi plus sérieux du mildiou de la pomme de terre, principalement pour les parcelles plus avancées. En cours de saison, les risques demeurent variables d’où l’utilité d’un modèle prévisionnel, comme MILÉOS, pour mieux cibler ou justifier les interventions. D’ailleurs, l’application de fongicides/biofongicides va débuter sous peu dans des secteurs du sud de la province, et ce, pour des parcelles à un stade plus avancé (ex. : 25 cm et plus).
Selon l’historique de la maladie dans la parcelle et la régie de culture du producteur (cultivar, pratique de l’irrigation, etc.), le contrôle préventif de la dartrose devrait débuter dans les parcelles avec des plants aux stades de 25-30 cm à début bouton floral. Comme c’est une maladie dite de sol, le feuillage du bas ainsi que la section de la tige plus près du sol sont les endroits où les premiers symptômes peuvent se développer en saison. Ce sont donc ces parties de la plante que le produit de contrôle devrait atteindre.
Dans les autres maladies d’intérêt, aucune activité de la tache alternarienne (brûlure hâtive), de la jambe noire ou de plants virosés n’a été rapportée. La brûlure hâtive se présente le plus souvent à partir de la fin juin et/ou lors de la floraison des plants de pommes de terre, tandis que les deux autres peuvent s’observer dans les jours suivant la levée de la culture.
GESTION DES MAUVAISES HERBES
Les applications de désherbants en prélevée de la culture sont terminées, se poursuivent ou débutent selon le cas. Les chantiers se sont bien déroulés, mais ont parfois été retardés selon les conditions météo. En général, un bon contrôle des mauvaises herbes est rapporté. Cependant, des retouches pour contrôler des échappées sont nécessaires par endroits (ex. : plus de sarclages mécaniques et/ou application de désherbants spécifiques en postlevée). Des collaborateurs mentionnent la présence principalement d’annuelles (ex. : petite herbe à poux, chénopodes, graminées diverses), mais aussi de certaines vivaces (ex. : armoise vulgaire, laiterons, chiendent, souchet), ces dernières étant souvent « traînées » par de la machinerie de travail du sol à partir d’une bordure de champ. Peu de cas de phytotoxicité à la culture ont été rapportés en cours de période.
GESTION DES VOLONTAIRES
(collaboration : Marilou Ratté, agr., CIEL)
Cette année, plusieurs cas problématiques de pommes de terre volontaires ont été rapportés dans des cultures maraîchères. Au Québec, un hiver rigoureux permet normalement d'éliminer une forte proportion des tubercules laissés près de la surface du sol. Toutefois, la couverture neigeuse hâtive observée l'automne dernier, principalement dans le sud et le centre de la province, a pu agir comme isolant et limiter la profondeur du gel, augmentant ainsi la survie des tubercules et le risque de repousse au printemps.
Cette capacité de survie est particulièrement problématique, puisque les pommes de terre volontaires disposent d'importantes réserves énergétiques contenues dans le tubercule mère. Contrairement à plusieurs mauvaises herbes annuelles, elles peuvent produire plusieurs vagues successives de repousses après une intervention mécanique ou chimique. Cette caractéristique explique pourquoi leur gestion est souvent plus complexe et nécessite généralement plusieurs interventions au cours de la saison.
La prévention demeure le premier levier de gestion. Il est recommandé de réduire les pertes à la récolte, à l'automne, d'éviter l'enfouissement profond des tubercules et de leurs rejets afin de favoriser leur gel, notamment en privilégiant les travaux de sol superficiels, et de prioriser une culture de rotation compétitive ou permettant plusieurs interventions de désherbage en retour de pommes de terre.
En saison, une seule intervention, qu'elle soit chimique ou mécanique, est rarement suffisante pour assurer un contrôle adéquat. Plusieurs interventions sont généralement nécessaires afin de limiter les repousses et la production de nouveaux tubercules filles.
Du côté du désherbage chimique, plusieurs références nord-américaines indiquent que le glyphosate constitue l'une des options les plus efficaces lorsque son utilisation est possible et homologuée. En plus de supprimer le feuillage des volontaires, il peut être transloqué vers les tubercules filles en formation, réduisant ainsi leur viabilité.
Le désherbage mécanique demeure également un outil important, particulièrement lorsque les options herbicides sont limitées. L'Université du Maine recommande un minimum de quatre passages lorsqu'aucune solution chimique n'est disponible. Les interventions devraient débuter lorsque les repousses atteignent environ 7 à 15 cm de hauteur et être répétées après chaque nouvelle vague de repousse. Le contrôle mécanique sur le rang demeure toutefois difficile, voire impossible, dans plusieurs cultures maraîchères, notamment les légumes-racines.
Dans les carottes, l'application à la mèche peut être envisagée lorsque les volontaires dépassent suffisamment le couvert de la culture. Cette technique consiste à appliquer le glyphosate directement sur le feuillage des volontaires tout en évitant le contact avec les carottes. Un différentiel minimal de 15 cm entre la culture et les volontaires est recommandé afin de réduire les risques de dommages. L'application doit être réalisée avec un équipement bien ajusté, sur un feuillage sec, et à une vitesse permettant d'éviter les éclaboussures ou les contacts accidentels. Des applications répétées peuvent être nécessaires; il est alors préférable d'effectuer les passages en sens contraire du passage précédent afin d'améliorer la couverture des plants ciblés.
Quelle que soit la méthode utilisée, les traitements en saison doivent être considérés comme une composante d'un programme de lutte intégrée. Dans les champs fortement infestés, l'objectif réaliste n'est pas nécessairement d'obtenir un contrôle complet en une seule saison, mais plutôt de réduire progressivement les populations de volontaires en épuisant les réserves des tubercules et en limitant la production de nouveaux tubercules filles. Les meilleurs résultats sont généralement obtenus lorsque plusieurs interventions sont réalisées au cours de la saison et que les méthodes mécaniques, chimiques et manuelles sont combinées lorsque possible.
Problématiques liées
Ces volontaires doivent être repérés dès leur émergence et être détruits pour prévenir le mildiou de la pomme de terre. En effet, puisque ces plants de pommes de terre ne reçoivent aucune protection par les fongicides, la maladie peut facilement les infecter. Le risque est d’autant plus grand si le mildiou a été observé dans ces champs l’année précédente. Les volontaires pourraient ainsi être une source de contamination pour les champs en pommes de terre voisins.
Les doryphores pourraient aider à la défoliation des volontaires, mais il faudra surveiller ensuite leur migration vers les parcelles de pommes de terre à partir de juillet. De plus, les volontaires pourraient être hôtes de pucerons, et ainsi contribuer à la propagation de virus.
Important : toujours consulter et respecter l'étiquette du pesticide avant toute application. Vérifiez notamment les cultures homologuées, les doses recommandées, les restrictions d'utilisation et les délais applicables. L'étiquette constitue le document légal de référence et prévaut sur toute autre source d'information.
Sources :
- Integrated weed management fact sheet volunteer potatoes
- Volunteer management in potatoes
- Volunteer potato management
- Control of volunteer potato plants
- Control of volunteer potatoes in vegetable crops
- Management of volunteer potatoes in Maine
- Controlling volunteer potatoes in onion : Start early
- Volunteer potato risk in Michigan
| Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques. |
Cet avertissement a été rédigé par Patrice Thibault, agr. (RLIO). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l'avertisseur du sous-réseau Pomme de terre ou le secrétariat du RAP. Édition : Marianne St-Laurent, agr., M. Sc. et Cindy Ouellet (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.
