Grandes cultures, Avertissement No 11, 12 juin 2026


Légionnaire uniponctuée : dépistage des larves à prévoir dans certaines régions. Ver-gris noir : dépistez les champs à risque. Cultures intercalaires dans le maïs : compatibilité des herbicides et sensibilité des cultures. Prévenir la dérive des pesticides : attention aux inversions de température.

 
LÉGIONNAIRE UNIPONCTUÉE : DÉPISTAGE DES LARVES À PRÉVOIR
DANS CERTAINES RÉGIONS

J. Saguez1, M.-E Cuerrier2 et S. Mathieu2
1. Agronome (MAPAQ); 2. Chercheur (CÉROM)

Depuis le début de la saison, les captures de légionnaire uniponctuée sont élevées dans certains pièges situés au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, dans les Laurentides, en Montérégie-Ouest et au Saguenay–Lac-Saint-Jean (voir les données par municipalité). Les captures cumulatives sont parfois de 100 papillons/piège ou plus. Bien qu’il n’existe pas de seuil basé sur le nombre de papillons capturés, il est suggéré de surveiller la présence de larves et de dommages dans ces secteurs. Par contre, des captures élevées de papillons ne produisent pas nécessairement des dommages importants par les larves. En effet, des champs dépistés dernièrement en Montérégie-Ouest à proximité de pièges où des captures abondantes de papillons ont été enregistrées ne comportaient pas ou peu de dommages, ni de larves. 

Pour le dépistage des larves, il faut cibler les champs à risque :
 
  • Les champs de céréales et de maïs semés tardivement et mal désherbés (particulièrement les endroits où il y eu/avec présence de graminées);
  • Les peuplements denses de céréales et de graminées vivaces;
  • Les prairies contenant des graminées, notamment celles situées à proximité des cours d'eau.
 
Les larves étant peu visibles durant la journée, il est recommandé, si possible, de dépister les champs à risque tôt le matin ou en soirée. Si le dépistage est fait en journée, il faut chercher les dommages occasionnés aux plants par les chenilles (ex. : grignotement du feuillage ou défoliation importante selon le niveau d’infestation) et la présence d’excréments laissés par ces dernières (voir photos ci-dessous). Pour en savoir plus sur la biologie de l’insecte, la méthode de dépistage et les seuils d’intervention, consultez la fiche technique La légionnaire uniponctuée : identification, dépistage et stratégie d’intervention.

Un traitement insecticide est rarement nécessaire pour contrôler cet insecte, car les infestations sont généralement sporadiques. De plus, les larves sont souvent contrôlées par des ennemis naturels. 
 
En cas d’observation de dommages et de larves, il est possible de faire valider qu’il s’agit bien de la légionnaire uniponctuée. Contactez votre responsable régional du MAPAQ, le RAP Grandes cultures (rapcerom@cerom.qc.ca) ou envoyez des spécimens au Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) du MAPAQ. Vous pouvez également envoyer des spécimens à l’attention de Julien Saguez (julien.saguez@cerom.qc.ca) au CÉROM, afin d’évaluer le parasitisme des larves.
 
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Larves et dommages de légionnaire uniponctuée dans des graminées

Photo : Daphné Touzin, agr. (MAPAQ)

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Larve se cachant à l'intérieur d'un cornet de plant de maïs

Photo : LEDP (MAPAQ)

 
 
VER-GRIS NOIR : DÉPISTEZ LES CHAMPS À RISQUE
S. Mathieu1, V. Samson1, H. Brassard1, J. Saguez2 et M.-E. Cuerrier1
1. Agronome (MAPAQ); 2. Chercheur (CÉROM)

Le maïs peut être vulnérable aux dommages de ver-gris noir jusqu’au stade 5 feuilles, mais c’est aux stades 2 à 3 feuilles que les plants sont les plus vulnérables. Dans certains cas, les larves peuvent être assez grosses pour sectionner la base des plants.  Actuellement, le dépistage des champs présentant des facteurs de risque est recommandé pour le maïs qui n’a pas atteint le stade 5 feuilles. 

Facteurs de risque :
 
  • Forte pression de mauvaises herbes et champs récemment désherbés;
  • Présence importante de mauvaises herbes bisannuelles ou de cultures d’automne (ex : seigle d’automne), 2 à 3 semaines avant le semis;
  • Semis direct, en particulier sur un retour de prairie ou de soya;
  • Historique d’infestation par le ver-gris noir.
 
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Dommages de ver-gris noir
Photo : S. Mathieu, agr. (MAPAQ)



Au Québec, les dommages causés par les vers gris sont généralement sporadiques et les interventions sont rares. Toutefois, de fortes infestations peuvent être observées occasionnellement.

En Ontario, le seuil économique d’intervention recommandé est de 10 % des plants ayant des feuilles endommagées ou 3 % des plants coupés, lorsque le maïs est au stade 1 à 4 feuilles et que les larves mesurent moins de 25 mm (le traitement insecticide ne sera pas efficace sur des larves plus grosses).

Si des dommages sont observés, il est recommandé de dépister entre 100 et 250 plants par champ, selon le stade du maïs (ex. : 250 plants si le maïs est à 1 feuille ou 100 plants si le maïs est à 4 feuilles).

Dépister les champs dès qu’ils sont désherbés, puisque les larves peuvent migrer des mauvaises herbes vers la culture. Il peut être nécessaire de retourner dépister à plus d’une reprise, afin de déterminer si les dommages sont en augmentation.

Certains traitements de semences insecticides et certains hybrides de maïs Bt offrent une protection contre le ver-gris noir au cours des 3-4 premières semaines suivant la levée du maïs. Toutefois, puisqu’ils ne permettent pas de contrôler les infestations sévères, le dépistage est tout de même recommandé en présence de facteurs de risque.

Pour de plus amples informations sur la méthode de dépistage, les seuils et la stratégie d’intervention, consultez la fiche technique Ver-gris noir. 

En cas de dommages importants, veuillez en informer votre conseiller régional du MAPAQ et le RAP Grandes cultures. Le CÉROM est également à la recherche de larves pour un projet sur le parasitisme des larves de vers gris.
 
 
CULTURES INTERCALAIRES DANS LE MAÏS : COMPATIBILITÉ DES HERBICIDES ET SENSIBILITÉ DES CULTURES
V. Samson1, J. Breault1 et M.-E. Cuerrier1
1. Agronome (MAPAQ)
 
Le semis intercalaire de cultures de couverture dans le maïs présente plusieurs avantages agronomiques : amélioration du captage, du recyclage et de la gestion des éléments nutritifs, amélioration de la structure du sol, réduction de l’érosion, réduction de la pression des mauvaises herbes, etc. Toutefois, il soulève aussi des défis, notamment en ce qui concerne le choix du traitement herbicide qui assure une bonne répression des mauvaises herbes sans avoir d’effets résiduels négatifs sur la germination et la croissance des espèces choisies. Voici les principaux éléments à retenir :

Fenêtre d’application restreinte
Le semis de cultures intercalaires étant réalisé entre le stade 4 à 8 feuilles recourbées du maïs, le délai entre l’application du traitement phytosanitaire et le semis est relativement court. Cet aspect limite les options d’herbicides compatibles avec les cultures intercalaires.

Choix stratégique des espèces de cultures intercalaires
Le semis d’une seule espèce de culture en intercalaire facilite le choix d'herbicide. Par exemple, selon l’historique des populations et de la pression des mauvaises herbes, l'utilisation d’un herbicide anti-graminées pour un semis de culture intercalaire à feuilles larges ou à l’inverse, d’un herbicide anti-feuilles larges pour un semis de ray-grass. Certaines espèces sont plus tolérantes aux herbicides résiduels :
 
  • Seigle : bonne tolérance à plusieurs herbicides, croissance rapide;
  • Radis fourrager : tolérance modérée, mais sensible à certains groupes;
  • Trèfle incarnat ou rouge : plus sensible, à éviter si des herbicides résiduels sont utilisés.
 
Compatibilité herbicide et sensibilité des cultures intercalaires
Il est important de considérer l’impact possible (rémanence) des herbicides appliqués plus tôt en saison sur les espèces de cultures intercalaires. L'étiquette des herbicides contient des informations sur la rémanence de ceux-ci.

Certaines espèces comme le trèfle, la vesce, le seigle ou le ray-grass peuvent être sensibles aux résidus d’herbicides appliqués en prélevée ou en postlevée dans le maïs. Par exemple :
 
  • Les herbicides du groupe 2 (ex. : imidazolinones, sulfonylurées) peuvent avoir une persistance résiduelle qui nuit à l’établissement des cultures intercalaires.
  • Les herbicides du groupe 27 (ex. : isoxaflutole, mésotrione) peuvent aussi affecter la croissance des espèces sensibles, comme les légumineuses.
 
Ce tableau, issu du Guide des cultures de couverture en grandes cultures, présente le niveau de dommages pouvant être causés à trois espèces semées en intercalaire (ray-grass annuel, trèfle incarnat et radis fourrager) par différents herbicides utilisés en prélevée ou en postlevée du maïs, selon la compilation de quelques essais réalisés au Québec et en Ontario. Ces données ne peuvent en aucun cas être interprétées comme des recommandations d’herbicides. Elles peuvent servir de lignes directrices quant à la sensibilité de ces espèces à différentes matières actives. Il est important de noter qu’une grande variabilité de réponse peut exister selon les sites, les types de sol, les années et la régie de culture. 
 
Recommandations pratiques
  • Consulter les étiquettes des herbicides pour vérifier les restrictions concernant les cultures de couverture en comparant les espèces botaniques auxquelles appartiennent les mauvaises herbes et les espèces des cultures de couverture choisies;
  • Favoriser les herbicides à faible persistance si vous prévoyez un semis de cultures intercalaires;
  • Tester à petite échelle une stratégie avant de l’adopter à grande échelle.

Pour plus de détails, vous pouvez consulter ces documents :
 
  • Culture de couverture - Aide mémoire et 7 fiches-techniques. Ces fiches comprennent une section sur la gestion des mauvaises herbes : herbicides compatibles avec les cultures intercalaires dans le maïs (avant l’implantation de la culture intercalaire) et herbicides non compatibles avec les cultures intercalaires dans le maïs (avant l’implantation de la culture intercalaire);
  • Guide des cultures de couverture en grandes cultures;
  • Cultures de couverture pour contrôler les mauvaises herbes en champs : perspectives pour le Québec;
  • Page Facebook Cultures de couverture Québec;
  • Application mobile Cultivert (Téléchargement sur Google Play ou l’App Store). Cette application aide au choix d’espèces de cultures de couverture.
 
 
PRÉVENIR LA DÉRIVE DES PESTICIDES : ATTENTION AUX INVERSIONS DE TEMPÉRATURE
S. Mathieu1, M.-E. Cuerrier1 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ)
 
La dérive des pesticides correspond au déplacement de gouttelettes ou de vapeurs hors de la zone ciblée lors d’une pulvérisation. Ce phénomène est influencé par plusieurs facteurs, notamment les conditions météorologiques. Parmi ceux-ci, l’inversion de température est particulièrement sujette à provoquer un tel phénomène.

Une inversion de température se produit lorsque l’air froid reste au sol et est surmonté par de l’air plus chaud. Cette situation empêche le brassage normal de l’air qui devient stable et stagnant. Les inversions apparaissent généralement en fin de journée, le soir et la nuit, lorsque le ciel est dégagé, en absence de vent, et peuvent persister jusqu’au lever du soleil. Elles sont souvent maximales tôt le matin, ce qui rend cette période à risque, même si elle est parfois perçue comme favorable pour réaliser des traitements phytosanitaires.

Lorsqu’une pulvérisation est faite en conditions d’inversion de température, les gouttelettes fines de pesticides restent en suspension près du sol et forment un nuage de pesticides qui peut se déplacer latéralement sur de longues distances, parfois sur plusieurs kilomètres. Ce phénomène de dérive augmente fortement les risques de contamination des cultures avoisinantes, d’impacts environnementaux, d’exposition involontaire des humains et des animaux aux pesticides et de perte d’efficacité du traitement.

On peut soupçonner une inversion en présence de :
 
  • Vent très faible (< 3 km/h);
  • Rosée, brouillard ou gel;
  • Fumée ou poussière qui reste basse ou se déplace horizontalement;
  • Fortes odeurs qui se propagent loin;
  • Air plus froid au sol qu’en hauteur.
 
Pour limiter la dérive :
 
  • Éviter toute pulvérisation le soir, la nuit et à l’aube;
  • Attendre que le soleil réchauffe le sol et qu’il rétablisse la turbulence de l’air (souvent en matinée);
  • Vérifier les conditions météorologiques ainsi que la vitesse et la direction du vent afin de prévoir votre intervention dans de bonnes conditions (voir tableau ci-dessous);
  • Ne pas pulvériser en présence de signes d’inversion;
  • S’assurer que le pulvérisateur soit bien calibré et utiliser des buses antidérive, si la situation s’y prête.
 
Voici un petit test pour vérifier si on est en présence d’inversion de température ou non :
 
Méthode rapide (terrain)
  • Mesurer la température près du sol (5–10 cm).
  • Mesurer la température à hauteur standard (1,5 à 2 m).
Comparer :
  • Plus chaud en haut qu’en bas ? Inversion (gradient standard).
  • Plus froid en haut qu’en bas ? Conditions normales (gradient standard).
 
Image Agri-Réseau

Source : La dérive des pesticides : prudence et solutions



Pour de plus amples informations, consultez la fiche technique La dérive des pesticides causée par les inversions de température, La dérive des pesticides : prudence et solutions et Qu'est-ce que l'inversion thermique, et comment limiter la dérive en cannebergière?.

 
Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques.



Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l’avertisseure du sous-réseau Grandes cultures ou le secrétariat du RAP. Édition : Marie-Edith Cuerrier, agr., M. Sc. et Sophie Bélisle (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.