Grandes cultures, Avertissement No 15, 10 juillet 2026


Pourriture à sclérotes du soya : évaluer le risque en fonction de la floraison et des conditions du champ. Criocère des céréales : des dommages observés, mais rarement préoccupants. Cécidomyie du chou-fleur dans le canola : vigilance recommandée dans les champs semés tardivement. Puceron du pois observé dans la luzerne : la lutte intégrée permet un bon contrôle. Dommages de criquets rapportés dans des champs de soya.  


POURRITURE À SCLÉROTES DU SOYA : ÉVALUER LE RISQUE EN FONCTION DE LA FLORAISON ET DES CONDITIONS DU CHAMP
T. Copley1. B. Duval2, M.-E. Cuerrier2 et V. Samson2
1. Chercheuse (CÉROM) 2. Agronome (MAPAQ)

Les modèles prévisionnels de la pourriture à sclérotes du soya indiquent un risque élevé d’apparition d’apothécies dans les MRC suivantes : du Granit (Estrie), de la Jacques-Cartier, de Portneuf et de Charlevoix (Capitale-Nationale), du Pontiac et des Collines-de-l’Outaouais (Outaouais), de La Nouvelle-Beauce (Chaudière-Appalaches), des Laurentides et d’Antoine-Labelle (Laurentides), du Témiscouata (Bas-Saint-Laurent) et de Bonaventure (Gaspésie).

Dans plusieurs autres régions, les températures élevées et les sols secs en surface créent des conditions défavorables à l'apparition des apothécies. Ces secteurs ne sont donc pas considérés à risque, même lorsque le soya est en floraison.

Les prévisions de risque sont basées sur les modèles disponibles en date du 9 juillet 2026, qui intègrent les prévisions météorologiques jusqu'au 15 juillet 2026.

Les spores infectent le soya à travers les fleurs flétrissantes. Une application de fongicide peut être envisagée aux stades de la floraison (R1 à R3), lorsque les conditions sont favorables à la maladie. Même si le risque est élevé dans certaines régions, aucune intervention n'est justifiée si le champ n’est pas encore en floraison. Selon les observations recueillies dans le cadre du réseau de surveillance, la floraison est en cours pour la plupart des régions au Québec, sauf les régions plus éloignées, notamment le
Saguenay–Lac-Saint-Jean et le Bas-Saint-Laurent.

Comment déterminer si vos champs sont à risque et si une application de fongicide est réellement justifiée? Plusieurs facteurs favorisent l’apparition et le développement de la maladie, notamment :
  • un historique de la maladie dans le champ;
  • un sol humide dans les cinq premiers centimètres;
  • le stade de développement du soya (seuls les champs en floraison [R1 à R3] sont à risque);
  • le niveau de résistance du cultivar;
  • des rangs fermés à plus de 50 %, ce qui favorise le maintien d'une humidité élevée à la surface du sol;
  • des températures fraîches (< 22 °C);
  • une forte densité de peuplement, qui favorise également le maintien d'une humidité élevée.

Rappelons que les sclérotes doivent demeurer dans un sol humide pendant au moins dix jours, dans les cinq premiers centimètres du sol, pour produire des apothécies. À l'inverse, des températures élevées et des vents soutenus favorisent l'assèchement de la surface du sol, particulièrement lorsque les rangs ne sont pas encore fermés.

Il est donc important de suivre l’évolution des champs en portant une attention particulière : 
  • au stade de développement du soya;
  • au degré de fermeture de la canopée;
  • au niveau d’humidité des cinq premiers centimètres de sol.

Pour plus d’information, consultez la fiche technique La pourriture à sclérotes chez le soya.
 
Image Agri-Réseau

Apothécies de la pourriture à sclérotes dans un entre-rang de soya

Source : T. Copley (CÉROM)

 

CRIOCÈRE DES CÉRÉALES : DES DOMMAGES OBSERVÉS, MAIS RAREMENT PRÉOCCUPANTS
J. Saguez1, B. Duval2 et V. Samson2
1. Chercheur (CÉROM) 2. Agronome (MAPAQ)

Des dommages causés par le criocère des céréales sont observés dans quelques champs de céréales, notamment au Centre-du-Québec, en Chaudière-Appalaches et en Montérégie. Bien qu'ils puissent attirer l'attention, ils sont généralement limités et ont peu d'incidence sur le rendement. Les traitements insecticides sont rarement nécessaires, puisque les populations de criocère des céréales sont généralement bien contrôlées par leurs ennemis naturels, notamment une guêpe parasitoïde.

Les larves du criocère des céréales peuvent mesurer jusqu'à 6 mm à maturité. Elles sont jaunâtres, mais paraissent noires et gluantes puisqu'elles sont recouvertes d'une substance visqueuse contenant leurs excréments. Il ne faut pas les confondre avec des limaces. Lorsque vous visitez un champ de céréales et que vous en ressortez avec des taches noires et visqueuses sur les pantalons, il peut s'agir des excréments de cet insecte.
 
Image Agri-Réseau

Larve du criocère des céréales

Source : J. Saguez (CÉROM)


Les larves s'alimentent du tissu situé sur la face supérieure des feuilles, particulièrement la feuille étendard, entre les nervures, laissant des stries blanchâtres caractéristiques, sans toutefois transpercer la feuille.
 
Image Agri-Réseau

Dommages de larves de criocère des céréales dans le blé

Source : B. Duval, agr. (MAPAQ)


Pour plus d'information sur l'identification, le dépistage et les seuils d'intervention, consultez la fiche technique Criocère des céréales. Si vous trouvez des larves de criocère des céréales dans vos champs, vous pouvez contacter julien.saguez@cerom.qc.ca, chercheur en biosurveillance au CÉROM, qui souhaite évaluer le parasitisme chez cet insecte.
 

CÉCIDOMYIE DU CHOU-FLEUR DANS LE CANOLA : VIGILANCE RECOMMANDÉE DANS LES CHAMPS SEMÉS TARDIVEMENT
S. Boquel1, H. Brassardet V. Samson2
1. Chercheur (CÉROM) 2. Agronome (MAPAQ)

Les captures actuelles d’adultes de la cécidomyie du chou-fleur (CCF) pour les sites en canola de printemps suivis par le RAP Grandes cultures montrent que les populations sont faibles. Toutefois, certains sites ont des captures moyennes à élevées en Abitibi-Témiscamingue (Saint-Bruno-de-Guigues), au Bas-St-Laurent (Kamouraska et Sainte-Flavie) et en Gaspésie (Bonaventure et Saint-André-de-Restigouche). Les données de piégeage sont accessibles ici.

Des champs de canola situés au Bas-St-Laurent (Saint-Germain et Saint-Denis) et au Lac-St-Jean (Métabetchouan-Lac-à-la-Croix), mais non suivis par le RAP, ont été signalés avec d’importants dommages visibles risquant d’affecter la culture. En raison du semis tardif, ces champs sont plus à risque et présentent davantage de problématiques que les champs semés tôt en saison.

Durant les stades sensibles (« rosette » et « élongation »), la CCF peut causer le chiffonnement ou la courbature des feuilles, la déformation des bourgeons et la mort du point végétatif ou de l’inflorescence produisant des cicatrices de texture liégeuse. Lors d’infestation sévère, elle peut causer l’arrêt de l’élongation de la tige principale du canola ou induire la mort du bourgeon terminal. Plus tard en saison, les plants endommagés présentent des bouquets de siliques; générant des retards dans la maturité du canola.
 
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Bourgeons de canola déformés par l'alimentation des larves de la cécidomyie du chou-fleur

Source : S. Boquel (CÉROM)

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Bourgeons de canola déformés par l'alimentation des larves de la cécidomyie du chou-fleur

Source : S. Boquel (CÉROM)

  

La plupart des champs de canola au Québec ont atteint ou dépassé les stades les plus sensibles aux dommages causés par les larves de CCF. Toutefois cette situation varie selon les régions et les dates de semis. Il est donc recommandé d’être vigilant et de suivre attentivement l’évolution des stades et des populations de CCF. La meilleure façon d’évaluer le risque pour un champ est de dépister l’insecte à l’aide de pièges à phéromone. Les captures peuvent être très variables d’un champ à l’autre, même au sein d’une même municipalité. Un suivi est donc recommandé pour chaque champ en canola.


Toutefois, la grande capacité de compensation du canola peut réduire l’impact de ce ravageur sur le rendement, même en présence d’une population abondante de CCF. Les plus récentes données québécoises ne montrent aucune relation entre le taux de capture de CCF et le rendement en canola à des densités inférieures à 40 CCF/piège/jour. Une légère tendance à la baisse du rendement est cependant observée avec des captures supérieures. L’application d’un insecticide pourrait ainsi être envisagée uniquement en dernier recours.

Pour en savoir davantage sur la méthode de dépistage, l’identification et les stratégies à adopter pour surveiller ce ravageur, consultez la fiche technique La cécidomyie du chou-fleur ou le Guide des ravageurs et des ennemis naturels du canola au Québec.

Aussi, il est possible de consulter le dernier balado du CEROM, « Grains de savoir » Cécidomyie : moins traiter, mieux gérer. Ce dernier fait le point sur les recherches des dernières années concernant les seuils d'intervention, la capacité du canola à compenser et le rôle des ennemis naturels de la CCF.


PUCERON DU POIS OBSERVÉ DANS LA LUZERNE : LA LUTTE INTÉGRÉE PERMET UN BON CONTRÔLE
A. Akpakouma1, M.-E. Cuerrier1, V. Samson1, H. Brassard1 et J. Saguez2
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)

La présence du puceron du pois (Acyrthosiphon pisum) a récemment été rapportée au RAP Grandes cultures dans certains champs de luzerne.

Ce puceron se distingue par sa grande taille (adulte pouvant atteindre 4 mm de longueur), avec un corps en forme de poire et dont la couleur peut varier de vert pâle à vert foncé, parfois rose (voir photos ci-dessous et la fiche IRIIS phytoprotection pour une description détaillée). Le temps chaud (23 à 28 ºC) et sec est favorable aux infestations de pucerons; ce qui peut expliquer leur présence actuelle, notamment dans les zones de grande production de fourrage et de légumineuses.

Ce puceron peut se retrouver spécialement sur le pois fourrager, la luzerne et le trèfle, et parfois même sur d’autres légumineuses. Il attaque principalement les tiges et les jeunes feuilles de luzerne, en suçant la sève, ce qui peut occasionner des baisses de rendement ou de qualité du fourrage. À des densités modérées (50 à 100 pucerons par tige), il cause le jaunissement et le rabougrissement de la plante. Le puceron du pois peut également transmettre des maladies, telles que le virus de la mosaïque de la luzerne. Jusqu’à présent, les luzernières signalées au RAP ne présentaient pas de symptôme du virus tel que des feuilles marbrées de jaune et de vert ou des plants moins vigoureux dont la croissance est ralentie.

Au Québec, aucun seuil n’est établi. En Ontario, le seuil d’intervention varie en fonction de la hauteur de la luzerne :
  • Moins de 25 cm (10 po), 30 à 50 pucerons par tige (moyenne de 30 tiges);
  • 25 à 50 cm (10 à 20 po), 50 à 75 pucerons par tige (moyenne de 30 tiges);
  • Plus de 50 cm (>20 po), 100 pucerons par tige (moyenne de 30 tiges).

Aux États-Unis, un seuil a été établi au moyen de la technique du filet fauchoir, utilisée notamment pour le dépistage de la cicadelle de la pomme de terre dans les luzernières dans le cadre du RAP. Ce seuil varie également en fonction de la hauteur de la luzerne :
  • Moins de 25 cm (10 po), 300 pucerons par coup de filet fauchoir (moyenne de 30 coups);
  • Plus de 25 cm (10 po), 400 pucerons par coup de filet fauchoir (moyenne de 30 coups). 

Le puceron du pois cause rarement des problématiques au Québec. La gestion intégrée de ce ravageur est à privilégier. Ses ennemis naturels (ex. : coccinelles, chrysopes, punaises prédatrices, parasitoïdes et autres) assurent généralement un bon contrôle du puceron dans les luzernières. La fauche permet également de contrôler le puceron du pois, en éliminant sa source de nourriture. Lorsque les populations sont élevées, il est donc recommandé que la prochaine coupe des fourrages soit réalisée dès que possible, ce qui est le moyen de lutte à privilégier pour préserver les ennemis naturels. L’utilisation d’insecticides ne devrait être faite qu’en dernier recours : lorsque le seuil d’intervention est dépassé, que les populations d’ennemis naturels sont faibles et que la récolte de la luzerne est prévue dans plus de deux semaines. L’emploi d’insecticide peut causer l’effet inverse et produire une recrudescence des populations de pucerons, en éliminant tout contrôle par les ennemis naturels du puceron.
 
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Adulte et larves

Source : LEDP (MAPAQ)

Image Agri-Réseau

Adulte aptère (forme rose)

Source : LEDP (MAPAQ)


Pour connaître la méthode de dépistage ou obtenir de plus amples informations, consultez les documents suivants :
  • Guide de production fourragère;
  • Guide d’identification des ravageurs des grandes cultures et des cultures fourragères et de leurs ennemis naturels et mesures de lutte applicables à l’Ouest canadien;
  • Monitor Alfafa for Pea Aphid Activity.
 
 
DOMMAGES DE CRIQUETS RAPPORTÉS DANS DES CHAMPS DE SOYA
Auteurs 2024 : M.-E. Cuerrier1, S. Boquel2, B. Duval1 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ) 2. Chercheur (CÉROM)
Mise à jour 2026 : M.-E. Cuerrier1
1. Agronome (MAPAQ)

Des dommages causés par des criquets entraînant une défoliation des plants ont été observés, notamment dans des champs de soya du Bas-Saint-Laurent et du Centre-du-Québec. Puisque le temps chaud et sec favorise leur développement et leur migration à partir des bordures de champs vers l’intérieur de ceux-ci, les populations de criquets seront à surveiller dans les prochaines semaines. Les champs de soya en sol sableux sont particulièrement à surveiller, puisqu'ils sont souvent les premiers affectés par les criquets, d’autant plus si ces champs sont adjacents à des prairies récemment fauchées. Une attention particulière devra aussi être portée aux champs en travail réduit du sol et fortement infestés par des graminées.

Les criquets, souvent appelés à tort « sauterelles », peuvent s’attaquer au feuillage du soya, du maïs, des céréales, ainsi qu’aux prairies et pâturages. Il est assez rare que les criquets causent des dommages suffisamment importants pour justifier une intervention phytosanitaire. Dans le cas où une intervention serait justifiée, cette dernière doit être effectuée lorsque les criquets sont encore au stade nymphal (absence d’ailes) et qu’ils s’alimentent activement du feuillage des cultures. Certaines précautions doivent également être prises afin de préserver les insectes bénéfiques. Pour plus d’information, consultez Les criquets en grandes cultures : biologie, dépistage et stratégie d’intervention.
 
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Jeune criquet dans un champ de soya

Source : P. Dionne, agr. (Club Sols Vivants)

Image Agri-Réseau

Dommages causés par des criquets à de jeunes plants de soya

Source : P. Dionne, agr. (Club Sols Vivants)

 
D'autres ravageurs peuvent également se retrouver dans les champs de soya, pour en savoir plus, consulter la fiche Défoliation du soya par différents ravageurs.

 
Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques.



Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l’avertisseure du sous-réseau Grandes cultures ou le secrétariat du RAP. Édition : Marianne St-Laurent, agr., M. Sc. et Lise Bélanger (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.