
Météo : baisse des températures en fin de période, précipitations variables mais significatives en plusieurs endroits. Développement de la culture : croissance améliorée avec les précipitations, présence de désordres physiologiques et abiotiques. Insectes : doryphore plus actif par endroits; pression variable de la cicadelle de la pomme de terre; altise à tête rouge à surveiller; autres ravageurs peu problématiques pour l’instant. Maladies : aucun cas de mildiou, mais conditions récentes plus favorables; progression de la brûlure hâtive dans les primeurs; évolution variable d’autres maladies.
CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES
Pour la période du 24 juillet au 30 juillet 2026, du temps généralement chaud a eu lieu en début de période, avec quelques 30 °C au sud et au centre de la province, entre autres. Par la suite, le mercure a chuté le 27 ou 28 juillet selon la région pour se maintenir près ou sous la moyenne de saison. Les températures de nuit ont été plutôt dans la normale (consultez le sommaire agrométéorologique). Des précipitations ont eu lieu à partir du 27 juillet avec des cumuls variables selon la région et même entre des localités voisines d’une même région. Certaines ont eu des quantités significatives (ex. : Lanaudière, Outaouais, Saguenay–Lac-Saint-Jean) et même diluviennes localement (ex. : 93 mm en moins de 2 heures le 27 juillet dans la municipalité de Saint-Laurent-de-l’ile-d’Orléans, en Capitale-Nationale). Cependant, d’autres secteurs ont reçu beaucoup moins de quantités (ex. : Bas-Saint-Laurent, Gaspésie, Témiscamingue), voir la carte des précipitations cumulées au cours des sept derniers jours. Du vendredi 31 juillet au jeudi 6 août 2026, Environnement Canada prévoit des températures de saison ou plus fraiches selon le secteur avant une hausse notable du mercure à partir du mardi 4 août. Des précipitations variables selon la journée sont annoncées, surtout pour samedi à lundi avec des cumuls qui pourraient être significatifs par endroits (sud et centre de la province).
DÉVELOPPEMENT DE LA CULTURE
Les aléas de la météo depuis le début de la saison font que la croissance de la culture n'est pas toujours régulière. Des champs de primeurs ont accéléré leur maturité physiologique par endroits, avec un affaissement plus hâtif que prévu. Les parcelles destinées à l'entreposage montrent de la variabilité, selon le cultivar, la région et la régie des cultures. Les précipitations reçues par endroits ont permis de favoriser une reprise rapide de la végétation en plusieurs endroits, avec des entre-rangs qui ferment ou qui sont sur le point de l’être. L’irrigation est maintenant sur pause dans plusieurs endroits du sud et du centre, mais demeure nécessaire plus à l’est, si les sources en eau sont disponibles, pour maintenir un bon état des plants. Partout, les tubercules doivent prendre du calibre. Des cas de foudre ont été rapportés localement dans des parcelles (voir photo) ainsi que des dommages par des polluants atmosphériques sur le feuillage de cultivars comme 'Goldrush' et 'Éramosa'. La formation d’une 2e famille de tubercules est remarquée dans des parcelles de certains cultivars. Des fentes de croissance sont observées dans le cultivar 'Norland', dans le sud et le centre de la province. Finalement, le cultivar 'Colomba' en particulier présente cette année des anomalies de développement en plusieurs endroits en province et ailleurs, dont en Ontario, ce qui aura comme conséquence de réduire le rendement. Un suivi est en cours à ce sujet et plus d’information sera disponible dans un prochain avertissement.
GESTION DES RAVAGEURS
En général, l’activité de certains ravageurs a augmenté par rapport à la semaine dernière, quoique certains demeurent encore peu observés.
Doryphore de la pomme de terre
Dans les secteurs sud et centre de la province, la nouvelle génération d’adultes du doryphore de la pomme de terre est plus active, avec une ponte et des larves plus au sud. Ces adultes proviennent souvent d’une parcelle voisine où des volontaires étaient présents (migration) et envahissent rapidement les bordures. Ils peuvent aussi venir du champ lui-même à la suite d’un contrôle incomplet de la première génération de larves. Les récentes précipitations ont favorisé leur émergence du sol. Un contrôle peut être nécessaire, localement, et le plus souvent en bordures seulement. Dans les régions plus à l’est, les larves de la première génération étaient actives par endroits, nécessitant ou non un contrôle. On rappelle que si une intervention est requise pour des individus de la 2e génération, il faut opter pour un produit de contrôle de groupe chimique différent de celui utilisé lors du contrôle de la 1re génération et aussi tenir compte de la date du défanage ou de la récolte prévue pour justifier un traitement ou non.
Cicadelle de la pomme de terre (CPT)
L’activité de la cicadelle de la pomme de terre a progressé dans certaines régions en cours de période, mais pas dans d’autres. Des captures entre 5 à 25 adultes/piège/semaine (en moyenne) ont été rapportées par des collaborateurs, soit près du seuil indicatif de 25 par endroits. Localement, comme en parcelles biologiques, cela pouvait atteindre jusqu’à 70 adultes/piège/semaine. Des adultes (voir photo) et aussi des larves ont été détectés visuellement dans certaines parcelles. Les symptômes foliaires associés à leur activité étaient plus visibles par endroits, sans excès, apparaissant souvent plus après une période de chaleur. La poursuite du dépistage demeure nécessaire, particulièrement pour les champs plus tardifs. Les parcelles à proximité d’une prairie en coupe devraient être plus suivies. On rappelle que l’activité des cicadelles varie grandement d’une parcelle à l’autre.
Voici des observations concernant d’autres ravageurs suivis par le RAP Pomme de terre, en cours de période :
- Altise à tête rouge : poursuite à la hausse de l’activité des adultes et début dans de nouvelles parcelles dans le sud et le centre de la province. Les infestions se font le plus souvent en bordures des champs, mais parfois aussi en foyers plus à l’intérieur. On peut observer plusieurs individus sur un même plant, ce qui peut contribuer à plus de dommages. On rappelle qu’il n’y a pas de seuil d’intervention validé au Québec contre cet insecte. La nécessité d’intervenir ou non relève donc du cas par cas.
- Pucerons : en parcelles commerciales, les collaborateurs rapportent généralement de faibles populations, sauf localement un peu plus élevées dans le sud de la province. C’est un contraste avec la saison dernière alors que des populations plus importantes étaient dépistées un peu partout. Le traitement dirigé contre la CPT peut aider indirectement au contrôle des pucerons, selon le produit utilisé. Les principaux auxiliaires observés présentement, et plus tôt cette année, sont les coccinelles et les syrphes, qui aident généralement à contrôler les populations.
- Punaise terne : présence d’adultes dans des champs de quelques régions, souvent dans la tête de plants, à un niveau faible, sauf un peu plus dans le secteur du Bas-Saint-Laurent. Dans cette région, les punaises font l'objet d'un suivi.
- Pyrale du maïs : présence de larves plus tôt que la normale dans le Bas-Saint-Laurent, avec un suivi des dommages en cours.
- Autres bioagresseurs d’intérêt : quelques cas de sauterelles sont rapportés, localement, mais ne causant pas de problématique pour le moment. Les adultes du scarabée japonais semblent s’intéresser plus à la culture de la pomme de terre cette année avec des populations un peu plus marquées localement, comme dans Lanaudière. Aucune mention de l’activité des tétranyques à deux points n’a été signalée.
GESTION DES MALADIES
Mildiou de la pomme de terre
Aucun symptôme de mildiou de la pomme de terre n’a été rapporté ou observé au Québec depuis le début de la saison, en incluant la culture de la tomate. Au cours de la dernière période, les risques de développement et de sporulation du champignon ont varié en province. Mais avec des précipitations dans les prévisions et de nouvelles pousses végétatives en développement en plusieurs endroits, le mildiou redevient une maladie à surveiller de plus près. Une protection régulière de la culture doit être faite en adaptant la fréquence d’application et le choix du produit selon les conditions météorologiques. Il faut rester vigilant jusqu’au défanage complet des champs. On rappelle que même sans précipitations notables, des conditions d’hygrométrie élevée (ex. : longue période de mouillure du feuillage, humidité de l’air supérieure à 87 % la nuit sur une certaine période) favorisent le développement du champignon.
Une liste des produits homologués pour le contrôle du mildiou est disponible sur le site Web de SAgE pesticides et/ou du Profil ontarien pour la protection des cultures.
Selon le site Web PlantAid, aucun cas de mildiou de la pomme de terre n’a encore été rapporté en Amérique du Nord jusqu'à présent. La même situation vaut pour d'autres sources plus régionalisées sur le suivi de la culture de la pomme de terre en Amérique du Nord.
Si la présence du mildiou est suspectée dans votre région ou dans une de vos parcelles, il ne faut pas hésiter à communiquer avec votre conseiller agricole ou l’avertisseur du RAP Pomme de terre. En cas de doute, les producteurs sont encouragés à soumettre un échantillon au Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) du MAPAQ pour une identification.
Brûlure hâtive
En général, la brûlure hâtive augmente tranquillement dans les parcelles de variétés de primeurs qui avancent en maturité, se situant maintenant dans l’étage médian de plants par endroits. Ces parcelles sont souvent en phase de sénescence, de dépérissement ou sous stress (ex. : sécheresse, carences minérales). Des plants de certains cultivars de mi-saison (ex. : 'Vivaldi') montrent également une hausse des infections par endroits. Il est bon de mentionner que la maladie est présentement absente dans plusieurs parcelles en province, à la suite de dépistage réalisé par des collaborateurs. Il est rapporté par endroits une stabilité des symptômes à la suite d’une baisse de la température et une meilleure croissance de la culture. Des taches nécrotiques diverses et souvent d’origine abiotique peuvent être confondues avec la brûlure hâtive, d’où la nécessité d’une identification en laboratoire.
Si vous observez des symptômes de brûlure hâtive et suspectez une diminution de l'efficacité des fongicides, communiquez avec Marilou Ratté (m.ratte@ciel-cvp.ca) ou Annie Archambault (a.archambault@ciel-cvp.ca). Elles pourront coordonner la collecte d'échantillons dans le cadre d'un projet sur la résistance aux fongicides mené par le CIEL, en collaboration avec Phytodata.
Voici des observations concernant d’autres maladies suivies par le RAP Pomme de terre, en cours de période :
- Jambe noire : activité variable avec quelques nouveaux cas identifiés par endroits et des symptômes plus visibles lors de l’évasement ou le tassement des plants en sénescence. Mais en général, il est rapporté moins d’incidence cette année que la moyenne par endroits. Ne pas confondre avec la dartrose.
- Dartrose : progression lente des symptômes au centre de la province et par endroits au sud, entre autres pour des plants de cultivars avec une ouverture sur le rang (couchage), comme 'Norland' présentement.
- Plants virosés : stabilité ou hausse légère de symptômes pour des parcelles des secteurs sud et centre, avec une incidence variable, mais à priori moins que d’habitude.
- Verticilliose : progression à la suite des précipitations des derniers jours dans des secteurs du sud et du centre de la province, pour des parcelles ayant un historique de présence et pour des cultivars plus sensibles comme 'Envol', 'Norland', 'Colomba', 'Andover', 'Goldrush' et même 'Russet Burbank' par endroits.
- Gale commune : on rapporte plus de symptômes sur les tubercules et dans plus de parcelles (non irriguées surtout), selon l’historique et le cultivar. De la rousselure est également en mélange par endroits.
- Moisissure grise : hausse d’activité en parcelles irriguées dans le sud de la province. Un apport soutenu en eau a fourni des conditions plus favorables à son développement, causant des pourritures de tiges par endroits. Mais en général, les collaborateurs rapportent une faible activité du champignon responsable avec une faible incidence, pour des symptômes sur des taches nécrotiques foliaires ou à la suite de la pourriture d’une fleur tombée sur une feuille. À ne pas confondre avec le mildiou.
- Moisissure blanche : début d’une activité, localement, en parcelles irriguées, dans le sud de la province.
| Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques. |
Cet avertissement a été rédigé par Patrice Thibault, agr. (RLIO). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l'avertisseur du sous-réseau Pomme de terre ou le secrétariat du RAP. Édition : Marianne St-Laurent, agr., M. Sc. et Sophie Bélisle (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.