La situation météorologique demeure similaire à celle des dernières semaines, avec du temps relativement frais et humide, quelques épisodes de pluie et des rosées persistantes. La présence prolongée d’eau libre sur le feuillage et les inflorescences favorisent le développement de plusieurs maladies, notamment les taches alternariennes, la nervation noire et la pourriture molle bactérienne. L’intensité des symptômes varie selon les sites, allant de faible à élevée.
Ces conditions météorologiques ont été également propices aux infections et au développement du mildiou, de la pourriture sclérotique et des maladies racinaires (hernie des crucifères, fonte des semis ainsi que fusariose vasculaire). Au sud de la province, on rapporte également une présence importante de blanc (à ne pas confondre avec la rouille blanche ou le mildiou) dans quelques champs de rutabagas.
Enfin, quelques désordres physiologiques sont observés, notamment la nécrose autogène. Les symptômes sont souvent confondus avec ceux de certaines maladies fongiques, comme la tache noire alternarienne. Plusieurs indices permettent de distinguer un désordre physiologique d’une maladie. En règle générale, les symptômes associés à un facteur abiotique apparaissent rapidement (24 à 48 h), de façon relativement synchronisée, et coïncident avec un stress subi par la plante (changement brusque de température, désherbage mécanique, etc.). Leur distribution dans le champ est souvent prévisible et une proportion relativement élevée de plants peut être touchée, par exemple sur une rangée complète. À l’inverse, les symptômes d’une maladie tendent à apparaître plus graduellement et à évoluer dans le temps. Leur distribution est généralement plus éparse ou en foyers, et une plus faible proportion de plants est habituellement atteinte au début de l’infection. L’observation de ces différents éléments dans leur ensemble peut ainsi aider à déterminer l’origine des symptômes et à orienter le diagnostic.
Comme des récoltes sont en cours, il convient de rappeler que certaines maladies, telles la pourriture sclérotique, la moisissure grise et les maladies bactériennes, peuvent évoluer en entrepôt. En récoltant les légumes exempts d'eau libre (ex. : rosée, pluie), on limite les risques de développement de pourriture molle bactérienne. Il importe également de limiter les blessures lors de la récolte et de la manutention, puisqu'elles constituent des portes d’entrée pour plusieurs agents pathogènes.
Le temps frais tend à réduire la pression de la plupart des insectes ravageurs. L'activité des chenilles défoliatrices varie d'une région à l'autre. La fausse-teigne des crucifères est généralement sous contrôle, alors que par endroits, la pression de piéride du chou et de fausse-arpenteuse du chou est assez importante pour justifier une intervention.
Les populations de thrips se maintiennent et sont relativement faibles, mais les interventions préventives se poursuivent afin de les contrôler avant qu'ils ne se cachent dans les pommes de chou destinées à l'entreposage.
Bien qu'ils soient encore présents, on rapporte une baisse de l’activité des pucerons.
L'activité des altises (des navets, des crucifères et à tête rouge) est généralement sous contrôle.
Dans les crucifères asiatiques, l'activité des punaises ternes se maintient.
Au sud de la province, on rapporte la présence de larves de mouche du chou et des semis creusant des galeries dans le coeur des choux chinois.
La pression de la cécidomyie du chou-fleur demeure variable et atteint des niveaux élevés dans certains champs, particulièrement dans les secteurs ayant un historique de fortes infestations. Quelques dommages aux points de croissance sont rapportés. La destruction des résidus après la récolte constitue un moyen de contrôle préventif des populations.
DESTRUCTION DES RÉSIDUS ET IMPLANTATION DE CULTURES DE COUVERTURE
Après la récolte de vos cultures ou l'abandon d'un champ, il est recommandé de déchiqueter et d’enfouir les résidus. Cette opération permet d'empêcher les ravageurs et les maladies de se développer et/ou de compléter leur cycle, ce qui constitue une stratégie efficace pour limiter leur impact sur les crucifères de la saison, mais également sur celles qui seront cultivées dans les années à venir. D'ailleurs, parmi les stratégies préventives de lutte contre la nervation noire, il est recommandé d'enfouir rapidement les résidus de culture pour accélérer leur décomposition.
Après la destruction des résidus de culture, il est aussi recommandé de couvrir les sols en semant des cultures de couverture (une seule espèce ou un mélange de plusieurs espèces). D'ailleurs, les conditions météorologiques actuelles plus fraîches et humides devraient aider à la germination des semences et à l'implantation des cultures de couverture. En plus d'améliorer la santé et la conservation des sols, leur implantation (travail du sol) et leur développement contribuent à la valorisation des éléments fertilisants et à la bonne gestion des ennemis des cultures, notamment en faisant compétition aux mauvaises herbes et en nuisant au cycle de développement de certains ravageurs et de certaines maladies. Il faut toutefois attendre que les conditions de sol et la météo soient idéales pour semer les cultures de couverture afin qu'elles germent rapidement et puissent croître de manière optimale.
Plus l’implantation se fait tôt dans la saison, plus grand est le choix d’espèces qu'il est possible d'utiliser. Voici quelques documents permettant de mieux connaître les cultures de couverture à privilégier et de comprendre les bénéfices de cette pratique :
- Cultures de couverture en productions maraîchères
- Cultures de couverture - Les pratiques agricoles de conservation : Habiter le sol par les racines
- Engrais vert (Guide de gestion globale de la ferme maraîchère biologique et diversifiée)
- Feuillet - Caravane Santé des sols
- Intégration des cultures de couverture en maraîchage de terre noire
- Légumes de champ - Agri-Réseau | Documents | Recherche : cultures de couverture
- Guide des cultures de couverture en grandes cultures
| Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques. |
Cet avertissement a été rédigé par Marilou Ratté, agr. et Isabel Lefebvre, M. Sc. (CIEL), et Mélissa Gagnon, agr. (MAPAQ). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter les avertisseures du sous-réseau Crucifères ou le secrétariat du RAP. Édition : Marianne St-Laurent, agr., M. Sc. et Cindy Ouellet (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.
