Fertilisation durable : la nécessité de recommandations sur mesure
Publié le 18 mars 2026
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L’effet domino de la surfertilisation
C’est bien connu, la santé des sols passe notamment par leur équilibre nutritionnel : celui-ci nécessite une fertilisation précise et adéquate. Mais c’est là où le bât blesse au Québec, selon Lotfi Khiari, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.
Prenons le cas de l’engrais azoté, qui, en concentrations excessives, cause le plus de tort. Il entraîne l’acidification du sol, qui se traduit par une baisse du pH; il diminue l’activité fongique et la biodiversité microbienne, ce qui contribue à la dégradation de la structure du sol. La compaction – un enjeu majeur auquel sont confrontés plusieurs agriculteurs – constitue aussi un risque, car la porosité est moindre et le développement racinaire s’en trouve perturbé.
Une surfertilisation en azote nuit en outre à la séquestration du carbone, essentielle à la matière organique, et donc à la santé et à la productivité des sols. Lotfi Khiari estime qu’il est primordial de comprendre comment la molécule interagit avec les éléments dans la terre pour maintenir des conditions idéales au cas par cas.
Une méthode classique… et inadéquate
Pour les agronomes et les producteurs du Québec, la référence principale en gestion des matières fertilisantes est le Guide de référence en fertilisation du CRAAQ. Jusqu’à tout récemment, une partie de ses grilles n’avaient pas été revues depuis plus de 70 ans, ce qui soulevait divers questionnements quant à leur validité. En réponse à ces préoccupations, le MAPAQ a mené d’importants travaux de mise à jour, dont les résultats sont publiés pierre à pierre depuis 2020. Le problème? « [Nous travaillons] encore […] avec des notions très simplistes, qui causent beaucoup de tort à l’environnement et à la santé des sols », déplore Lotfi Khiari.
En se fiant principalement aux classes de fertilité contenues dans ces grilles, on néglige toujours les apports préexistants, qui varient grandement d’une région à l’autre et selon le moment de la saison – pensons notamment à la minéralisation de la matière organique et aux reliquats d’azote en sortie d’hiver. Le professeur titulaire signale aussi que les grilles ont tendance à dissimuler des cas très particuliers, dont les besoins en engrais minéraux sont tout aussi singuliers. Résultat : des apports excessifs et inefficaces. Pour reprendre le cas de l’azote minéral, les plantes n’assimilent jamais plus de 50 % de ces apports.
Transformer les pratiques avec des modèles dynamiques
Lotfi Khiari est d’avis qu’une fertilisation précise et durable rime avec intelligence artificielle (IA). La force de l’IA réside dans sa capacité à construire des courbes de réponse dynamiques, spécifiques à chaque site. En intégrant des variables telles que la dose apportée, le pH du sol, la teneur en matière organique et les précipitations saisonnières avant de considérer les classes de fertilité, l’IA fournit la précision nécessaire pour respecter les besoins réels du sol. Ces modèles dynamiques ont été développés dans le cadre du projet de recherche DAQARA (diagnostic de l’acidité, qualité des amendements et recommandations d’application).
Lotfi Khiari soutient que les agronomes devraient d’ores et déjà s’habituer à cette nouvelle façon de procéder : « Mon unité de recommandation, ça va être […] les courbes de réponse. » Un appel révolutionner les pratiques pour développer des stratégies durables et bâtir des sols résilients.
[1] Caron, J. 2025. L’impact d’une mauvaise santé des sols : le coût de l’inaction. Colloque Santé des sols, 10 décembre 2025, Drummondville, CRAAQ.
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Ce texte a été publié originalement dans La Terre de chez nous en mars 2026.
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