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Bon pied, bon lait! Quand la vache visite le gym…

Il est intuitif de penser qu’à l’instar des humains allant « au gym », les vaches gagnent à faire de l’exercice. En fait, les avantages de l’exercice chez la vache sont bien documentés dans de nombreuses études. Cette pratique (recommandée également pour les vaches en stabulation entravée) procure une meilleure santé des onglons, une réduction des boiteries et des blessures aux trayons, une augmentation de la rumination et une amélioration des comportements naturels comme les chaleurs, sans oublier une diminution de la probabilité de troubles métaboliques et digestifs.

Or, un sondage réalisé par Lactanet au Québec montre qu’actuellement, parmi les fermes en stabulation entravée, celles aux plus petits cheptels (moins de 50 têtes) ont plus tendance à faire faire de l’exercice à leurs animaux que les fermes avec plus de 100 vaches. Considérant les bienfaits pour l’animal décrits précédemment, pourquoi l’accès à l’exercice n’est-il pas une pratique généralisée pour les vaches laitières?

Bien que la question soit simple, la réponse est plus complexe. D’emblée, il est possible de présumer l’absence de rentabilité d’une telle mesure à la ferme en raison du temps de main-d’œuvre requis. Un groupe focus mené par des chercheurs de l’Université de Calgary sur ce sujet a permis d’énumérer les cinq freins exprimés par les producteurs. À celui déjà mentionné s’ajoutent les conditions climatiques défavorables, la crainte pour les animaux (inconfort) ou pour la santé du pis et des installations actuelles inadéquates. Le facteur le plus important qui ressort est le sentiment d’habileté du producteur à travailler avec les animaux à l’extérieur, son niveau d’aisance face à cette manipulation. Certains sont davantage à l’aise pour travailler avec leurs animaux à l’intérieur d’un bâtiment. Modifier une façon de faire demande donc effort et adaptation : comment procéder à ce changement?

Allons chercher quelques réponses auprès des fermes qui ont inclus l’exercice au quotidien de leur troupeau. À la ferme Bévin située à Sainte-Séraphine au Centre-du-Québec, la propriétaire, Lysianne Vincent, envoie ses animaux dehors à l’année. Elle avait observé auparavant que les vaches installées dans la nouvelle étable en stabulation entravée étaient un peu plus nerveuses que celles de l’ancienne étable. Avec le retour de l’exercice régulier, la productrice obtient une meilleure longévité de ses vaches laitières et une amélioration des chaleurs. Son troupeau a en moyenne quatre ans et la moitié de celui-ci se rend jusqu’à la troisième lactation. Pour sa ferme, « envoyer les vaches au gym » s’est révélé payant! Du côté de Calgary, les membres du groupe focus qui font faire de l’exercice à leurs vaches ont observé une meilleure santé des jarrets, une meilleure rentabilité (quoique non chiffrée dans l’étude) et une gestion plus aisée de la vache à l’extérieur. C’est le vécu qui parle.

Qu’en dit la science? Sachant que la majorité des vaches laitières au Canada sont en stabulation entravée, quelles opportunités de mouvement peuvent être offertes à la vache? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre les chercheurs Elsa Vasseur (Université McGill) et Steve Adam (Lactanet), qui participent à la Chaire de recherche industrielle sur la vie durable des bovins laitiers. En binôme, ils ont présenté les résultats de leur recherche au Symposium sur les bovins laitiers organisé par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) tenu le 10 novembre 2021 pour une 45e édition. Les deux chercheurs et leurs équipes étudient l’accès à l’exercice pour les vaches en stabulation entravée et mesurent les avantages sur leur comportement, leur bien-être et leur santé.

Qu’est-ce que l’exercice pour une vache? Concrètement, l’exercice est mesuré par le nombre de pas effectué par jour, la distance parcourue, la durée d’exercice, mais aussi par le type d’exercice. Munies d’un podomètre, est-ce que les vaches qui sont laissées libres vont devenir de grandes marcheuses? La corrélation entre liberté de mouvement et nombre de pas au podomètre n’est pas si frappante. Les chercheurs ont dénombré 600 pas quotidiens pour le groupe gardé en stabulation entravée et 900 pas pour le groupe qui avait accès à l’exercice. Derrière ces chiffres se trouvent des avantages « cachés ».
 
En bref, 

Les étables à stabulation entravée pourraient profiter d’une aire exercice pour améliorer la locomotion et confort des vaches, mais celles qui satisfont certaines conditions de bases auront les meilleurs résultats.
 

Tout d’abord, faire sortir régulièrement les animaux dans l’aire d’exercice amène davantage de manipulation de la part du producteur. Cet effort porte fruit : les relations humain-animal s’en trouvent améliorées. En effet, les recherches ont testé les réactions des vaches à l’approche d’une personne et la réactivité face à la chute d’un objet. Chez les vaches qui sont sorties dans l’aire d'exercice, on constate moins de stress et de réactivité à un évènement imprévu. Les vaches qui sont sorties ont associé l’humain et la pose du licou à un évènement positif. Cet entraînement est un avantage lorsque viendront les périodes de manipulation pour des soins obligatoires.

Également, les capacités locomotrices étaient améliorées après huit semaines d’observation : par exemple, des différences ont pu être observées au niveau de la flexion articulaire (contrastant avec l’aggravation observée chez les vaches en stalle) ainsi qu’au niveau de la note globale de la démarche entre le début et la fin de la période de tarissement. On a constaté moins de traces inégales et moins de pas asymétriques. La démarche des vaches a été améliorée cinq semaines après le début de l’expérience et cet effet a persisté après huit semaines.

Certains producteurs craignent que les blessures surviennent lorsque les vaches se déplacent, qu’elles puissent glisser, se blesser ou aggraver les blessures au jarret. Heureusement, les recherches ont démontré que la prévalence et la sévérité des lésions restent inchangées chez les vaches allant dehors. En observation continue, il ne s’est produit aucune blessure aux onglons à l’extérieur.  

Malgré tous ces avantages, comment peut-on appliquer cette pratique au quotidien? À la ferme Bévin, on sort les animaux six jours sur sept de la mi-mai à la mi-novembre pour une période de deux heures, après la traite. En période hivernale, le gym n’est pas fermé… Les animaux, divisés en deux groupes, sortent 30 minutes par jour dans un enclos extérieur. En termes de main-d’œuvre, la préparation pour sortir, puis rentrer les vaches prend une trentaine de minutes à deux personnes. C’est une routine qui est combinée à la période de traite. On entraîne aussi progressivement les animaux aux sorties. Par exemple, les taures s’habituent à la présence de la clôture électrique si on place une portion de fil électrique à la porte de l’enclos.

Selon Steve Adam de Lactanet, il faut toutefois prévoir des conditions gagnantes autant dans la transition vers l’exercice que dans l’aménagement du bâtiment. Par exemple, on installera des surfaces antidérapantes, sans pente importante, un sol uniforme et de couleur égale, des marches basses et progressives, un éclairage suffisant. Les vaches seront graduellement familiarisées à l’extérieur. Garder les environnements secs est primordial, autant pour la santé de la vache que la santé du producteur. À l’extérieur, on peut aussi prévoir des adaptations. Par exemple, Steve Adam suggère d’aménager des brise-vents ou des zones d’ombre, de maintenir le sol le plus sain possible et de surveiller la formation de glace en hiver. On aura aussi en tête d’appliquer les principes de la manipulation sans stress des animaux : bien comprendre le champ de vision des vaches; ne jamais brusquer les mouvements, toujours être calme et prendre son temps.

En conclusion, même si la réalité des fermes canadiennes et québécoises est souvent celle de la stabulation entravée, inclure une période d’exercice en enclos ou en pâturage est possible et réellement bénéfique. Cette routine sera facilitée par des adaptations dans l’environnement intérieur et extérieur pour les vaches, par des ajustements à la façon de travailler, pensés et mis en œuvre selon le contexte de chaque ferme. Les résultats et les retours positifs compenseront largement les efforts investis.

Ce texte a été publié originalement dans le magazine Progressive Dairy en français en mars 2022

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Organisation : Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ)
Collaborateur(s) : Aurélie Munger est chargée de projets et Barbara Vogt est chargée de projets aux publications, CRAAQ
Date de publication : 11 mai 2022

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