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Grains bio : opportunités et défis.


C’est un fait connu : le marché des aliments biologiques est en pleine effervescence.  Les données statistiques les plus prudentes indiquent une croissance annuelle de la demande de plus de 10 % depuis le début des années 2000, et ce, tant au Québec qu’ailleurs dans le monde. Cependant, le Québec ne produit actuellement que 30 % des produits bio qu’il consomme. Il s’agit donc, de toute évidence, d’un marché que nos entreprises ont tout intérêt à conquérir. Le secteur des grains biologiques n’est pas en reste : les occasions abondent…
 
LA SITUATION EN QUELQUES CHIFFRES
 
En 2005, le Québec comptait 232 entreprises produisant des grains biologiques sur une superficie totale de 3214 hectares. Dix ans plus tard, on comptait 315 entreprises et une superficie totale de 23 690 hectares. On remarque qu’au cours des dernières années, plusieurs entreprises céréalières de moyenne et de grande envergures ont opté pour le bio, mais malgré tout, le marché est loin d’être saturé.  Pour quelles raisons? Et quels autres éléments favorisent le secteur des grains bio?
 
UNE OFFRE INFÉRIEURE À LA DEMANDE
 
Ici comme à l’étranger, le marché des grains bio est en pleine expansion, tant pour l’alimentation animale et humaine que pour les semences. Le Québec exporte une quantité grandissante de maïs et même d’épeautre bio, principalement aux États-Unis, ainsi que du soya bio, notamment sur les marchés asiatiques. Ces marchés d’exportation sont très intéressants, en plus des marchés locaux.
 
Selon le rapport « Portrait général de la mise en marché et du mouvement des grains biologiques du Québec » de la Coop Agrobio, la production québécoise de grains biologiques avoisine 60 000 tonnes par année. Elle pourrait atteindre 200 000 tonnes par année sans provoquer de perturbation importante sur les marchés.  Les différents acheteurs de grains biologiques sont unanimes : l’offre n’est pas disponible en quantité suffisante pour répondre à la demande. 
 
En 2011, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) a dressé une liste des commerçants ayant manifesté leur intérêt pour l’achat de grains biologiques. Cette liste regroupe 38 commerçants, sans compter les nouveaux acheteurs qui se sont ajoutés depuis. Vous trouverez cette liste à l’adresse suivante : https://www.agrireseau.net/documents/85936
 
DES PRIX INTÉRESSANTS
 
Le MAPAQ a compilé des données sur les prix offerts aux producteurs québécois pour trois types de grains entre 2010 et 2014. Cette compilation a démontré un écart important entre les prix offerts pour les grains conventionnels et ceux pour les grains biologiques. Ces écarts étaient toujours en faveur des grains biologiques. Par exemple, les prix payés pour le soya bio étaient près du double de ceux du soya conventionnel, soit un écart de 95 %. Pour le blé fourrager, l’écart était de 55 % et pour le maïs, il atteignait 72 %. Il va sans dire que les prix sont beaucoup plus intéressants en agriculture biologique.
 
DES MARGES PLUS ÉLEVÉES
 
Mais financièrement, est-ce intéressant pour le producteur? Il faut considérer les coûts liés au mode de production biologique tels que le coût des semences plus élevé, les travaux aux champs, les rendements parfois inférieurs (principalement lors de la période de transition), la certification biologique, etc. Après cela, en reste-t-il plus dans les poches du producteur bio? La réponse est oui!
 
Selon les Références économiques du Centre de référence en agriculture et en agroalimentaire du Québec (CRAAQ), les marges sur coûts variables sont beaucoup plus élevées en mode biologique. On parle de profits à l’hectare de 2,9 à 5,6 fois supérieurs. Wow! Le tableau qui suit présente quelques exemples basés sur les analyses de sensibilité (CRAAQ, 2014).
 
Les marges sur coûts variables en modes conventionnel et biologique
 
  Maïs-grain
($/hectare)
Soya
($/hectare)
Blé panifiable
($/hectare)
Canola
($/hectare)
Marges sur coûts variables (conventionnel)
 389
 
 475  423  208
Marges sur coûts variables (biologique)  2090  1771  1232  1169
Écarts  + 1701  + 1296  + 809  + 961
 
Source : Grandes cultures biologiques - Analyse de sensibilité et Grandes cultures - Analyse de sensibilité CRAAQ, 2014.
 
 DES OCCASIONS DE SE DIVERSIFIER
 
Qui dit bio dit aussi rotation de culture diversifiée. En cas d’infestation de maladies, de ravageurs ou de mauvaises herbes, il y a peu ou pas de « pansement » pour mettre sur les bobos. Il faut donc travailler en prévention et l’une des manières d’y arriver est d’appliquer un plan de rotation diversifié.
 
À ce propos, une nouvelle occasion de diversification s’offre aux producteurs : celle des légumes de transformation. En effet, l’automne dernier, le géant des légumes surgelés Bonduelle affirmait son ambition de faire du Québec son fournisseur nord-américain de légumes de transformation biologique. On pense par exemple aux pois, aux haricots et au maïs sucré. À ce jour, quelques producteurs québécois ont déjà signé un contrat d’approvisionnement avec cette entreprise. Pour les producteurs ayant d’importantes superficies en culture, c’est donc une autre chance de se diversifier en optant pour des cultures lucratives.
 
DE NOUVELLES TECHNIQUES ET TECHNOLOGIES
 
Plusieurs nouvelles techniques et technologies facilitent maintenant la production biologique sur de grandes surfaces. Notons entre autres l’arrivée de nouveaux équipements de sarclage et de travail de sol, le système de guidage par satellite (RTK), l’imagerie satellite, le drone, les biopesticides, etc. Voilà de nouvelles technologies qui peuvent simplifier la tâche des producteurs, du moins leur donner un petit coup de pouce.
 
DES OFFRES DE FORMATION
 
Il est important d’être bien formé et informé. À ce propos, depuis quelques années, plusieurs organisations offrent une gamme impressionnante de formations axées sur la production biologique. À cet effet, jetez un coup d’œil au calendrier des activités du site Internet d’Agri-Réseau  ainsi que celui du Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité (CETAB+) au www.cetab.org.
 
LE RÉSEAU BIO
 
En 2012, les directions régionales de la Chaudière-Appalaches et de la Capitale-Nationale du MAPAQ ainsi que le CETAB+ mettaient sur pied le Réseau Bio. Il compte actuellement plus de 820 membres à travers le Québec et permet un réseautage simple et rapide entre les producteurs bio ainsi que les différents acheteurs (transformateurs, détaillants, distributeurs et restaurateurs). Voilà un autre outil à la disposition des acteurs du secteur bio. Pour le grand public, une page Facebook « Réseau Bio » a été créée et compte à ce jour plus de 2270 « abonnés ».
 
UNE STRATÉGIE DE CROISSANCE ET DES AIDES FINANCIÈRES
 
Au printemps 2015, le MAPAQ lançait la Stratégie de croissance du secteur biologique afin d’appuyer le développement du bio. Cette stratégie comprend plusieurs mesures, dont des aides financières s’adressant aux producteurs, notamment :
  • un programme d’appui pour la conversion à l’agriculture biologique;
  • une bonification de l’aide financière pour les services-conseils, qui atteint maintenant 85 %;
  • des ajouts au programme Prime-Vert pour l’implantation de haies séparatrices et pour l’achat ou la modification d’équipements spécialisés.  
    Pour plus d’information, visitez le www.mapaq.gouv.qc.ca/biologique.

DES DÉFIS À RELEVER
 
Bien entendu, il y a toujours deux côtés à une médaille. Le secteur des grains bio laisse entrevoir de belles perspectives, mais il apporte aussi son lot de défis à relever. En voici quelques-uns en rafale :

- La recherche et le développement : il y a encore du boulot à faire concernant le contrôle des mauvaises herbes, des ravageurs et des maladies, des pratiques culturales adaptées, des cultures intercalaires, de la fertilisation, du développement et des essais de variétés adaptées, des équipements spécialisés et de la réduction du travail du sol.

- Les OGM : ils amènent de véritables défis, qu’on pense à l’approvisionnement de plus en plus difficile en semences non contaminées ou à la capacité de mener la culture à terme sans contamination extérieure. 

 - L’approvisionnement en semences bio en quantité, en qualité et en diversité : cela peut s’avérer difficile considérant la rareté de certains types de semences. 

- L’offre de services-conseils spécialisés en bio : actuellement, ils ne sont pas disponibles partout. Certaines régions ou certains secteurs de production ne sont toujours pas couverts par une offre de services-conseils spécialisés.

 - Le regroupement de l’offre : voilà vers quoi le secteur doit tendre afin de fournir aux acheteurs des grains homogènes, de qualité et en bonne quantité. Des modèles tels que la Coop Agrobio sont fort intéressants. 

Toutefois, ne vous découragez pas avec les défis à relever. Réfléchissez plutôt aux nombreuses occasions s’offrant à vous. Une part grandissante des consommateurs exigent des produits sains, locaux et respectueux de l’environnement. Le secteur bio possède tout ce qu’il faut pour répondre à ces attentes.
 
Produire bio, ce n’est pas pour tous, mais ça représente une sacrée belle occasion pour plusieurs!

                                                                                                            Lire le billet suivant de Jonathan Roy
Commentaires (1)
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Jean-Philippe Légaré Jean-Philippe Légaré 12 avril 2017 09:28

Bravo pour ton blogue Jonathan!! Très intéressant

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Organisation : Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ)
Date de publication : 14 mars 2016

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