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« Belle cause »… Pour la cause agricole!

Santé mentale des agriculteurs

Il existe au Canada de très belles initiatives pour la santé mentale. Plusieurs organisations « causent pour la cause »! Nous comprenons qu’il s’agit d’un problème majeur qui touche toutes les strates de la société. En agriculture, où en est-on rendu avec ce dossier?
 
Santé mentale des agriculteurs, réalité ou utopie?

Comme elle est intrinsèquement liée à certaines conditions sur lesquelles l’humain n’a pas ou peu de contrôle, l’agriculture peut être considérée comme une activité très difficile. Ici, nous faisons référence aux conditions météorologiques imprévisibles, aux risques d’éclosion de maladies, etc. Ajoutez à cela les obligations environnementales, le financement, la baisse de rentabilité et la hausse d’endettement, les problèmes de relève et les difficultés de transfert, la pénurie de main-d’œuvre, les échanges commerciaux et l’instabilité des marchés, l’épuisement professionnel, les préjugés… la liste est longue. Ce sont autant d’ingrédients puissants pour un cocktail induisant le stress, et parfois la dépression et l’anxiété.
 
Les experts le confirment : les agriculteurs vivent plus de stress que la population moyenne

Même à l’échelle canadienne, très peu de chercheurs se sont penchés jusqu’à présent sur les problématiques liées à la santé mentale dans le milieu agricole. Devrait-on chanter « il est où l’intérêt, il est où? ». Blague à part, il existe tout de même du monde qui s’intéresse à notre monde.

Une enquête nationale menée par la professeure Andria Jones-Bitton, associée à l’Université Guelph, a permis de recueillir des données auprès de 1100 agriculteurs de tous les secteurs. Selon la conclusion de l’étude, les agriculteurs sont exposés à des niveaux de stress, d’anxiété et de dépression plus élevés que ceux de la population générale. Ainsi, environ 45 % des agriculteurs interrogés étaient très stressés; 58 % et 35 % présentaient des symptômes d’anxiété et de dépression, soit deux à quatre fois plus élevé que ceux de l’Angleterre et de la Norvège.
Selon une autre étude menée par le chercheur Philippe Roy, à l’époque stagiaire postdoctoral à l'Université de Moncton, le niveau de détresse psychologique chez les agriculteurs est très élevé, c’est-à-dire deux fois supérieur à la moyenne de la population.

Une enquête réalisée en 2005 par Ginette Lafleur et son équipe avait fait les mêmes observations : 2/3 des producteurs sont affectés par le stress, 1/5 d’entre eux se décrivent comme étant très stressé et 5,7 % ont déclaré avoir pensé à se suicider comparativement à 3,9 % pour la population québécoise.

En somme, les conclusions sont unanimes : dans la profession agricole, la santé mentale est plus souvent affectée que dans l’ensemble de la population du fait des nombreuses sources de stress. Malgré les différentes interventions et les activités de sensibilisation mises en place par diverses instances, le problème reste presque entier encore aujourd’hui.
 
Initiatives au Québec

Au Canada, il n’existe pas de stratégie nationale en matière de santé mentale en milieu agricole. Chaque province développe ainsi ses propres initiatives.
Cependant, le Comité permanent de l’agriculture et l’agroalimentaire de la Chambre des communes a lancé récemment une étude d’envergure sur les défis en santé mentale auxquels sont confrontés les agriculteurs, éleveurs et producteurs canadiens. Le but est de comprendre les défis auxquels le milieu agricole doit faire face et d’échanger sur les meilleures façons d’y répondre, de réviser les ressources disponibles et d’identifier les lacunes liées à la santé mentale dans la communauté agricole au Canada.

Au Québec, des initiatives ont vu le jour ces dernières années, pour mieux comprendre le problème et pour soutenir les individus dans les passages difficiles. Par exemple, l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) a initié ou a soutenu des projets très importants pour la cause. Citons le forum multirégional sur la santé psychologique, les mutuelles de prévention, la formation sentinelle qui permet d’outiller, grâce à l’Association québécoise pour la prévention du suicide (AQPS), les travailleurs professionnels qui œuvrent auprès des agriculteurs.

Sur le terrain, les travailleurs de rang de l’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA) prêtent une oreille très attentive aux agriculteurs aux prises avec des problèmes de santé mentale. L’ACFA offre aussi des services de première ligne pour les demandes d’aide et les urgences. L’organisme anime la Maison ACF, un lieu de répit pour les agriculteurs qui vivent de grandes difficultés. Citons enfin plusieurs autres organismes comme Tel-Aide, Fierté agricole, Réseau Homme Québec qui offrent du soutien sous plusieurs formes aux agriculteurs québécois.
 
Des défis particuliers à relever

Depuis quelques années, la santé psychologique des agriculteurs est une préoccupation majeure tant chez les familles agricoles touchées par cette problématique que chez les intervenants du milieu. Mais les intervenants font encore face à de nombreux besoins : avoir accès à la documentation récente, actualiser les connaissances, pouvoir rejoindre efficacement les agriculteurs aux prises avec des problèmes de santé psychologique, évaluer l’atteinte des actions, arrimer les différents acteurs, etc.

De plus, selon Philippe Roy, l’un des obstacles à franchir pour faire face aux problèmes de santé mentale chez les agriculteurs est de les convaincre d’utiliser les services d’aide présents dans leur milieu. Selon le chercheur, c’est un peu comme si des personnes mouraient de faim à côté d’une banque alimentaire.
 
«La plupart des gens ont de la difficulté à aller chercher de l’aide. On a tout avantage à entretenir les relations qu’on a autour de nous, avec nos proches, nos amis et nos voisins, pour que les gens puissent détecter quand une personne ne se sent pas bien, pour qu’elle puisse être prise en charge»
Mélissa Verreault, copropriétaire de la ferme Technord

Pour faire face à une situation similaire, le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario a lancé une campagne de sensibilisation du public pour mettre en lumière les problèmes de santé mentale dont souffrent les agriculteurs et encourager les gens à demander de l’aide lorsque les difficultés sont trop grandes à supporter. Le Québec devrait-il s’inspirer de cette campagne?

Vu l’ampleur de la situation, il parait important de comprendre les défis propres auxquels le milieu agricole fait face et échanger sur les meilleures façons d’y répondre. Il existe sans nul doute des lacunes dans les services actuels. Plusieurs spécialistes de la prévention du suicide et de la détresse psychologique chez les agriculteurs plaident pour une meilleure adaptation des services dispensés aux agriculteurs en détresse, en tenant compte de leur réalité.
 
«Lorsqu’un agriculteur reçoit un diagnostic de burn-out et qu’on le renvoie se reposer chez lui, on le renvoie sur sa ferme. C’est précisément à cet endroit que se trouve son facteur de stress. Ces personnes doivent être traitées de façon particulière»
Pierre-Nicolas Girard, responsable du dossier de la santé psychologique à l’UPA
 
Prenons soin de notre monde

Si l’on compare avec toute l’attention accordée aux performances économiques et agronomiques à la ferme, les dimensions humaines de l’agriculture sont encore insuffisamment prises en considération.
« La personne humaine est la pierre angulaire de tout développement durable dans le domaine de l’agriculture et il importe par conséquent de préserver sa santé. »
Comité sénatorial permanent de l’agriculture et des pêches, 1993
Il existe une panoplie de services d’aide méconnus par les agriculteurs. Toute la société a intérêt à les bonifier, à les rendre plus accessibles et connus par le public.
Aussi, un peu plus de soutien aux programmes d’aide aux agriculteurs ne ferait pas de tort. Cela comprend les travaux de recherche en santé mentale des agriculteurs, les programmes d’assistance et de gestion de crise des entreprises agricoles, etc.
Enfin, l’établissement des grandes orientations en santé mentale par les principaux acteurs du secteur eux-mêmes constitue une priorité et une nécessité.
 
Suicide : les agriculteurs n’osent pas appeler à l’aide, septembre 2016. Site officiel de Radio-Canada. Consulté le 29 janvier 2019
Détresse à la ferme, janvier 2019, site  officiel de la Voix de l’Est. Consulté le 30 janvier 2019.
Faire la lumière sur la santé mentale dans le secteur agricole, janvier 2019. Communiqué du Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales. Consulté le 27 janvier 2019.
La santé mentale des agriculteurs inquiète, octobre 2018. Site officiel Le Soleil. Consulté le 27 janvier 2019.
La santé mentale des agriculteurs sème encore l'inquiétude, janvier 2018. Site officiel de Radio-Canada. Consulté le 27 janvier 2019.
Santé mentale des agriculteurs : l'AQPS entendue par un comité de la Chambre des communes, octobre 2018. Site officiel de l’association québécoise de prévention du suicide. Consulté le 26 janvier 2019.
Le gouvernement du Canada soutient les efforts consentis pour améliorer le bien être mental et physique des producteurs et autres dans le secteur de l’agriculture. Novembre 2018. Communiqué d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Consulté le 21 décembre 2018.
La santé psychologique des agriculteurs en jeu, juin 2018. Site officiel du Journal de Chambly. Consulté le 27 janvier 2019.
Dans le monde agricole, on parle trop peu de la santé mentale des agriculteurs, juillet 2017. Site officiel du journal Le Réveil. Consulté le 27 janvier 2019.

 
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Date de publication : 30 janvier 2019