
Météo : températures généralement chaudes et précipitations significatives à plusieurs endroits. Développement de la culture : récolte dans la primeur avec des rendements variables, bonne croissance en général pour les cultivars plus tardifs, présence de désordres physiologiques et abiotiques. Insectes : doryphore sous contrôle; pression stable ou à la baisse de la cicadelle de la pomme de terre; altise à tête rouge toujours à surveiller par endroits; autres ravageurs peu problématiques. Maladies : aucun cas de mildiou mais conditions favorables; progression de maladies de faiblesse, surtout dans les primeurs; évolution variable d’autres maladies.
CONDITIONS MÉTÉOROLOGIQUES
Pour la période du 31 juillet au 6 août 2026, le temps chaud et souvent humide a dominé pour les secteurs du sud et du centre, sauf le 2 et/ou 3 août par endroits. Pour les secteurs plus à l’est, les températures ont été plus variables (consultez le sommaire agrométéorologique). Des précipitations ont touché plusieurs secteurs de la province les 2 et 3 août, avec des cumuls significatifs un peu partout. On ne rapporte pas de problématiques liées à des orages forts dans les zones de production, à part de l’érosion par ruissellement de surface par endroits. De bons vents ont été observés en fin de période par endroits (voir la carte des précipitations cumulées au cours des sept derniers jours). Du vendredi 7 août au jeudi 13 août 2026, Environnement Canada prévoit des températures chaudes en début de période suivi d’une baisse du mercure plutôt graduelle par la suite à des valeurs plus de saison. Des précipitations plus fréquentes sont annoncées dans plusieurs secteurs de la province.
DÉVELOPPEMENT DE LA CULTURE
Les précipitations reçues au cours des 10 derniers jours ont fait du bien à la culture (et au moral des producteurs). Ells sont arrivées au bon moment et juste assez pour combler le déficit hydrique cumulé ou réhumidifier le sol complètement en plusieurs endroits. Cela a permis aussi de suspendre les opérations d’irrigation à peu près partout, sauf plus à l’est. Les collaborateurs rapportent donc un bon développement et une progression intéressante dans presque l’ensemble des champs. Pour les parcelles de primeur, les récoltes débutent ou se poursuivent dans le sud et le centre de la province, avec des plants qui accélèrent leur sénescence. Les rendements rapportés varient de moyens à très bons selon le cultivar et la région, avec une qualité à la satisfaction des producteurs, sauf exception. Pour les parcelles à vocation mi-saison et plus tardives, le feuillage montre une belle couleur, une bonne pousse végétative avec souvent des entre-rangs qui ferment. Cependant, par endroits et pour certains cultivars de mi-saison (ex. : Goldrush), il est rapporté de l’écrasement dans des allées et des bas de plants chlorosés à la suite des stress des dernières semaines. De plus, les conditions chaudes et sèches observées au cours des dernières semaines (température élevée dans le button sur une certaine période) semblent avoir favorisé l’apparition de désordres physiologiques comme une seconde tubérisation et du boulage. Également, des fissures de croissance sur les tubercules sont apparues récemment dans des parcelles de certaines régions et pour certains cultivars à la suite de fortes pluies. Finalement, les précipitations n’ont pas que servi à la culture mais aussi aux mauvaises herbes qui ont progressé dans certains champs pour dépasser les plants de pomme de terre.
GESTION DES RAVAGEURS
Doryphore de la pomme de terre
Le doryphore de la pomme de terre demeure sous contrôle à la suite d’interventions localisées ou avec des populations sous le seuil de nuisibilité. Des adultes d’été sont présents en bordures ou dans des zones de champs, le plus souvent en provenance de parcelles voisines en rotation. Peu d’activités larvaires sont rapportées. Les adultes d’été sont parfois très agressifs et peuvent défolier rapidement des plants de quelques rangs de bordures. Il faut donc poursuivre le dépistage avec le temps chaud encore à venir. Cela est vrai particulièrement pour les cultivars plus tardifs. Le suivi permettra de déterminer ou non la nécessité d’une intervention, en fonction de la biomasse foliaire et de la date prévue de la récolte ou du défanage, entre autres.
Cicadelle de la pomme de terre (CPT)
L’activité de la cicadelle de la pomme de terre (CPT) demeure variable selon la parcelle et la région. En général, on rapporte une stabilité et même une baisse des captures sur les pièges collants, majoritairement sous le seuil d’intervention retenu. Des larves sont observées sous le feuillage des plants dans certaines parcelles, mais avec peu de symptômes foliaires, et plus dans les rangs de bordures. Avec le temps ensoleillé et chaud dans les prévisions pour au moins les prochains jours, le maintien du dépistage demeure pertinent, en particulier pour les parcelles de cultivars plus tardifs. Le suivi par piège collant de la CPT devrait inclure celui de leur présence dans la parcelle, en inspectant le dessous du feuillage pour y déceler les larves, qui sont très mobiles et qui se déplacent un peu comme des crabes.
Voici des observations concernant d’autres ravageurs potentiels et suivis par le RAP Pomme de terre, en cours de période :
- Altise à tête rouge : des adultes qui restent encore passablement agressifs dans plusieurs régions dont Montérégie, Lanaudière et Capitale-Nationale. Leur présence est notée surtout en bordures de champs mais parfois dans des zones de plants plus à l’intérieur, ce qui oblige un dépistage. Leur contrôle peut se faire en visant d’autres ravageurs et en utilisant le bon produit. Mais dans plusieurs cas, une intervention n’est pas nécessaire, surtout pour des plants avec une bonne biomasse foliaire. Il est bon de rappeler qu’il n’y a pas de seuil d’intervention validé au Québec contre cet insecte dans la pomme de terre. À noter la présence de l’altise des crucifères (plus petite) localement, comme en régie biologique, dans la région de Québec.
- Pucerons : en parcelles commerciales, les collaborateurs rapportent à nouveau pour cette semaine pas ou peu de progression de leur activité, sauf localement dans des secteurs de Lanaudière, de la Montérégie et en Gaspésie. La présence confirmée d’auxiliaires comme des coccinelles doit contribuer à conserver les populations de pucerons basses par endroits, sans oublier un possible traitement dirigé contre la CPT avec un produit pouvant aussi contrôler les pucerons.
- Punaise terne : peu d’observations rapportées en cours de période, selon les collaborateurs, pour des adultes et des nymphes.
- Autres bioagresseurs d’intérêt : encore quelques cas de sauterelles plus localement et limités à quelques sites de la région de Québec, causant peu de dommages foliaires, plus en bordures de champs. On ne rapporte pas de progression de l’activité des adultes du scarabée japonais dans le sud et le centre de la province, le tout demeurant le plus souvent négligeable. Aucune mention de l’activité du tétranyque à deux points n’a été signalée, du moins pour le moment car la pression de ces acariens est en augmentation dans d’autres productions maraichères et fruitières.
GESTION DES MALADIES
Mildiou de la pomme de terre
Aucun symptôme de mildiou de la pomme de terre n’a été rapporté ou observé au Québec depuis le début de la saison, en incluant la culture de la tomate. Au cours de la dernière période, les risques de développement et de sporulation du champignon ont varié en province, mais ont été élevés par endroits (en lien avec les précipitations et les bonnes rosées le matin). Pour la période qui débute, selon les prévisions météo disponibles, les risques devraient être bien présents avec des conditions météo favorables. Avec le feuillage bien vert dans certaines parcelles, une protection régulière de la culture doit être faite en adaptant la fréquence d’application et le choix du produit selon les conditions météorologiques de la région. En conditions de pression élevée et de fréquentes précipitations, et pour éviter des passages répétés avec un protectant, des producteurs choisissent un produit plus pénétrant et avec une plus longue rémanence. Une liste des produits homologués pour le contrôle du mildiou est disponible sur le site Web de SAgE pesticides et/ou du Profil ontarien pour la protection des cultures.
Selon le site Web PlantAid, aucun cas de mildiou de la pomme de terre n’a été rapporté à la grandeur de l’Amérique du Nord jusqu'à présent. La même situation vaut pour d'autres sources plus régionalisées sur le suivi de la culture de la pomme de terre au Canada et aux États-Unis.
Avec la saison qui avance, il peut devenir de plus en plus difficile de différencier le mildiou d’autres maladies dites secondaires. Si la présence du mildiou est suspectée dans votre région ou dans une de vos parcelles, il ne faut pas hésiter à communiquer avec votre conseiller agricole ou l’avertisseur du RAP Pomme de terre. En cas de doute, les producteurs sont encouragés à soumettre un échantillon au Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) du MAPAQ pour une identification.
Brûlure hâtive
Pour les parcelles de primeurs, la sénescence des plants continue à représenter des conditions favorables au développement de la brûlure hâtive, une maladie de fin de cycle, dans le sud et certains secteurs du centre de la province. Cependant, des collaborateurs rapportent un ralentissement de la progression du champignon ou un bon contrôle à la suite d’interventions. En général, la maladie est peu rapportée ailleurs en province et même absente pour des parcelles à vocation plus tardive (plants verts = moins d’infections). De la variabilité selon le cultivar et entre des producteurs d’une même région est signalée. On rappelle que souvent, seule une analyse en laboratoire peut confirmer la présence de la maladie.
Si vous observez des symptômes de brûlure hâtive et suspectez une diminution de l'efficacité des fongicides, communiquez avec Marilou Ratté (m.ratte@ciel-cvp.ca) ou Annie Archambault (a.archambault@ciel-cvp.ca). Elles pourront coordonner la collecte d'échantillons dans le cadre d'un projet sur la résistance aux fongicides mené par le CIEL, en collaboration avec Phytodata.
Voici des observations concernant d’autres maladies suivies par le RAP Pomme de terre, en cours de période :
- Verticilliose : augmentation du nombre de sites avec des symptômes associés à la présence de la maladie, en sols plus légers, dans des secteurs du sud et du centre de la province, pour des cultivars plus sensibles dont 'Russet Burbank', 'Goldrush', 'AC Chaleur', 'Chieftain', 'Norland', 'Colomba'.
- Jambe noire : activité en hausse par endroits par suite du temps chaud suivant de précipitations significatives, mais généralement tolérable. Le contrôle de cette maladie en cours de saison est difficile.
- Dartrose : progression lente ou apparition de premiers symptômes dans des parcelles du sud et du centre de la province, parfois à la suite de l’évasement des plants et exposant ainsi plus les tiges aux infections. Plus de cas en sols légers. Également une maladie de fin de cycle. Une analyse en laboratoire est souvent nécessaire pour confirmer la présence du champignon, parfois en mélange avec la flétrissure verticillienne.
- Plants virosés : peu de changement ou hausse légère de symptômes par endroits avec un dépérissement nécrotique du feuillage de plants porteurs.
- Gale commune : observations notables par endroits, plus que prévu, dont dans des secteurs du centre, en parcelles irriguées ou non, à intensité variable, pour plusieurs cultivars dont 'Belmonda', 'Envol', 'Colomba', 'Vivaldi', 'Andover', 'Atlantic', 'Chieftain', 'Goldrush' et 'Kennebec'.
- Moisissure grise (Botrytis) : stabilité ou légère hausse d’activité en parcelles dans le sud et le centre de la province. Les collaborateurs rapportent surtout une faible incidence du champignon responsable.
- Moisissure blanche (Sclerotinia) : peu ou pas de nouvelle activité mentionnée en cours de période, avec des symptômes le plus souvent situés sur le feuillage du bas de plants.
- Rhizoctone brun : présence dans des secteurs du sud de la province, sous la forme de flétrissement de plants et de la présence de tubercules aériens.
| Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques. |
Cet avertissement a été rédigé par Patrice Thibault, agr. (RLIO). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l'avertisseur du sous-réseau Pomme de terre ou le secrétariat du RAP. Édition : Marianne St-Laurent, agr., M. Sc. et Sophie Bélisle (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.

