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Grandes cultures, Avertissement No 6, 29 mai 2026


Légionnaire uniponctuée : captures de papillons élevées dans certaines régions, portez une attention particulière aux champs à risque. La levée du maïs et du soya : pensez à investiguer en cas de levée inégale. Début de l’émergence de l'amarante tuberculée : dépistez et intervenez tôt! Céréales d'automne aux stades sensibles : consultez les cartes de risque de fusariose de l'épi. Anticipez les délais : résidualité des herbicides et semis post-récolte.

 
LÉGIONNAIRE UNIPONCTUÉE : CAPTURES DE PAPILLONS ÉLEVÉES DANS CERTAINES RÉGIONS, PORTEZ UNE ATTENTION PARTICULIÈRE AUX CHAMPS À RISQUE
S. Mathieu1, J. Breault1, M.-E. Cuerrier1, B. Duval1, J. Saguez2 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ); 2. Chercheur (CÉROM)

Dès la semaine prochaine, des larves issues de papillons ayant pondu au cours des dernières semaines de mai pourront être observées. En effet, environ trois semaines après la ponte, les larves de légionnaire uniponctuée sont suffisamment développées pour être dépistées. 

Depuis le début de la saison, les captures sont élevées dans les régions du Bas-St-Laurent, de la Gaspésie, des Laurentides et de la Montérégie-Ouest (consultez le graphique Captures provinciales hebdomadaires 2020 à 2026 et le bilan des captures par piège de la saison 2026). Par contre, des captures élevées de papillons ne produisent pas nécessairement des dommages importants.

Afin de localiser hâtivement les premiers foyers d’infestation, priorisez le dépistage dans les champs à risque soient :
 
  • Les champs de céréales et de maïs semés tardivement et mal désherbés (particulièrement les endroits où il y eu ou avec présence de graminées);
  • Les peuplements denses de céréales et de graminées vivaces;
  • Les prairies contenant des graminées, notamment celles situées à proximité des cours d'eau.

Pour en savoir plus sur la biologie de l’insecte, la méthode de dépistage et les seuils d’intervention, consultez la fiche technique La légionnaire uniponctuée : identification, dépistage et stratégie d’intervention.
 
Image Agri-Réseau

Larves de légionnaire uniponctuée de différentes tailles et couleurs

Source : J. Saguez (CÉROM)

   
 
LA LEVÉE DU MAÏS ET DU SOYA : PENSEZ À INVESTIGUER EN CAS DE LEVÉE INÉGALE
B. Duval1, S. Boquel2, J. Breault1, M.-E. Cuerrier1 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ); 2. Chercheur (CÉROM)

La levée du maïs et du soya a débuté dans plusieurs régions et il sera bientôt le temps d’évaluer les populations et de repérer d’éventuels manques à la levée ou des levées inégales. Bien que les manques puissent être observés peu après l’émergence, le stade 3 à 5 feuilles du maïs est idéal pour en déterminer les causes. Du côté du soya, les premiers stades de développement permettent aussi une bonne évaluation des peuplements et des facteurs pouvant nuire à une levée uniforme.

Si vous constatez des pertes de population ou une levée inégale, il est important d’en identifier les causes. Des maladies fongiques, comme les pourritures de semences, des plantules (fonte des semis) ou des racines, et des ravageurs, tels que les vers fil-de-fer, la mouche des semis, les vers gris et les limaces, peuvent endommager les grains en germination et les jeunes plantules, entraînant parfois des pertes de population importantes.

Plusieurs autres facteurs peuvent également nuire à la levée. Un semoir mal ajusté ou mal équipé pour la gestion des résidus peut produire un mauvais contact sol-semence, une profondeur de semis irrégulière ou une fermeture inadéquate des sillons. Un sol compacté peut limiter le développement racinaire et la pénétration des racines. L’humidité et la température du sol influencent également la germination et la levée. Des résidus d’herbicides peuvent affecter le développement racinaire et compromettre le démarrage des plants, d’où l’importance de tenir un registre à jour des applications de pesticides. Enfin, certaines espèces d’oiseaux peuvent consommer les graines ou arracher les jeunes plantules.

Vous trouverez ci-dessous quelques photos illustrant différentes causes de mauvaise levée ou de levée inégale dans le maïs et le soya.

En cas de mauvaise levée ou de levée inégale, une évaluation des causes et de l’ampleur des dommages permettra de déterminer si des mesures correctives doivent être prises rapidement (intervention, resemis) ou si des ajustements devront être envisagés pour la prochaine saison.
 
Des formations terrain sur les ravageurs des semis seront offertes les 5, 11 et 17 juin prochain. Elles incluront notamment l’évaluation des dommages à la levée du maïs causés par ces ravageurs. Cliquez ici pour plus de détails.
 
Image Agri-Réseau

Maïs en tire-bouchon causé par l'imbibition d'eau froide après la germination, 2017

Source : V. Villiard, agr. (Club Durasol)

Image Agri-Réseau

Levée inégale du maïs causée par des vers fil-de-fer, 2023

Source : B. Duval, agr. (MAPAQ)

 
Image Agri-Réseau

Grain de maïs endommagé par un ver fil-de-fer, 2023

Source : B. Duval, agr. (MAPAQ)

Image Agri-Réseau

Levée inégale du soya due à un semis peu profond, un mauvais contact sol-semence et du lissage, 2023

Source : B. Duval, agr. (MAPAQ)

 
Image Agri-Réseau

Fonte des semis dans un champ de soya, 2023

Source : B. Duval, agr. (MAPAQ)

Image Agri-Réseau

Fonte des semis dans un champ de soya, 2022

Source : B. Duval, agr. (MAPAQ)

 
 
 Pour plus d'information
   
 
DÉBUT DE L’ÉMERGENCE DE L'AMARANTE TUBERCULÉE : DÉPISTEZ ET INTERVENEZ TÔT!
M.-E. Cuerrier1, J. Breault1, B. Duval1 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ)
 
L’amarante tuberculée commence à émerger au Québec, notamment en Montérégie, où elle a été observée dans les derniers jours. Il importe donc de surveiller cette mauvaise herbe lors de vos prochaines visites au champ. Comme l’amarante tuberculée peut croître jusqu’à 3 cm par jour et que la plupart des herbicides ne sont pas efficaces lorsqu'elle atteint 10 cm de hauteur, il est essentiel de la détecter tôt en saison afin d’intervenir rapidement et de mettre en place des mesures de biosécurité pour limiter sa propagation. 
 
La stratégie recommandée pour contrôler l’amarante tuberculée dans les cultures de maïs et de soya consiste à appliquer un traitement herbicide de prélevée suivi, si nécessaire, d’un traitement de postlevée, idéalement avec une activité résiduelle, pour prolonger le contrôle durant la saison. La stratégie à adopter dépend du moment où l’amarante tuberculée émerge et doit tenir compte du profil de résistance aux herbicides de la population et des traits technologiques de la culture. Selon le dernier portrait de la résistance des mauvaises herbes aux herbicides au Québec, les populations trouvées au Québec ont été confirmées résistantes aux herbicides des groupes 2, 5, 9, 14 et/ou 27. Plusieurs populations démontrent une résistance multiple, c’est-à-dire à plus d’un groupe d’herbicides. La majorité des populations sont résistantes aux herbicides des groupes 2 et 9. 
 
L’amarante tuberculée est difficile à identifier au stade plantule. Pour aider à son identification, consulter les documents suivants : 
 
Si vous avez un doute sur l’identification de la plante lors de vos visites au champ, il est possible de faire analyser vos échantillons directement par le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP). Pour la saison 2026, le LEDP du MAPAQ offre gratuitement l’identification et la détection de la résistance aux herbicides pour les amarantes (tuberculée, à racine rouge, de Powell et autres amarantes). Cliquez ici pour plus d’information.
 
Image Agri-Réseau

Émergence de l'amarante tuberculée dans un champ de maïs

Source : S. Mathieu, agr. (MAPAQ)

 

CÉRÉALES D'AUTOMNE AUX STADES SENSIBLES : CONSULTEZ LES CARTES DE RISQUE DE FUSARIOSE DE L'ÉPI
T. Copley1, M.-E. Cuerrier2, B. Duval2 et V. Samson2
1. Chercheuse (CÉROM); 2. Agronome (MAPAQ)

Certains champs d'orge d'automne du sud du Québec ont atteint ou approchent le stade de l'épiaison, soit une période à risque d'infection par la fusariose de l'épi. Si vos céréales sont aux stades sensibles, consultez quotidiennement les cartes interactives de risque disponibles sur Agrométéo Québec afin de suivre l'évolution des conditions favorables à l'infection.

La fusariose de l’épi du blé est l’une des maladies les plus importantes des céréales, non seulement en raison des pertes potentielles de rendement, mais aussi en raison du risque de perte de qualité lié à sa capacité à produire des mycotoxines dans le grain.

Les spores de la fusariose de l’épi infectent les épis par les étamines. C’est donc au moment de la floraison que les cultures du blé et du seigle sont considérées à risque, tandis que l’orge est considérée à risque pendant l’épiaison et la floraison. Selon nos observations, certains champs d’orge d’automne et de seigle d’automne dans le sud du Québec ont atteint le stade de l’épiaison. Des cartes interactives sont disponibles sur Agrométéo Québec et permettent de vérifier si les conditions météorologiques sont favorables à l’infection (voir l’exemple plus bas). Lorsque les cultures sont aux stades à risque d’infection, consultez quotidiennement les cartes indiquant le niveau de risque.

Selon les conditions météorologiques, les niveaux peuvent varier de « Bas » (0 à 25) à « Moyen » (25 à 35) et finalement à « Élevé » (35 à 50), représentés respectivement par les codes de couleur vert, orange et rouge. 

En cas de risque bas, aucune intervention n’est généralement requise. En cas de risque élevé, tous les cultivars doivent être considérés à risque, peu importe leur cote de résistance à la maladie.

L'interprétation d'un risque moyen nécessite de considérer d'autres facteurs.

Les études démontrent que les conditions météorologiques expliquent environ 50 % de l'impact de la maladie sur le contenu en mycotoxines à la récolte. Les autres facteurs à considérer sont les suivants :
 
  • Le choix du cultivar (environ 25 % de l'impact). Les cotes de résistance sont disponibles dans le guide du RGCQ.
    • Une journée à risque moyen peut justifier une application de fongicide dans le cas d’un cultivar susceptible (cote de résistance de 4 à 9).
    • Pour un cultivar moyennement résistant (cote de résistance de 1 à 3), l’accumulation de deux journées à risque moyen peut placer un champ à risque, particulièrement en présence d’autres facteurs favorables à la maladie.
  • Le précédent cultural (environ 20 % de l’impact). Les précédents de maïs ou de céréales augmentent le risque de fusariose de l’épi, tandis qu’un précédent de culture sans graminée, telle que le soya, tend à le réduire.
  • D’autres facteurs (environ 5 % de l’impact) peuvent également influencer le risque :
    • L’historique de la maladie dans le champ ou dans les environs.
    • La présence de champs de maïs à proximité, qui peut augmenter la quantité d'inoculum.
    • La présence de culture intercalaire, qui peut agir comme barrière physique et réduire la quantité de spores atteignant les étamines.
 
Image Agri-Réseau

Risque faible d'infection pour l'ensemble des régions en date du 29 mai 2026
Source : Agrométéo Québec

   
 
ANTICIPEZ LES DÉLAIS : RÉSIDUALITÉ DES HERBICIDES ET SEMIS POST-RÉCOLTE
S. Mathieu1, B. Duval1 et V. Samson1
1. Agronome (MAPAQ)
 
Certains herbicides conservent une activité résiduelle après leur application, ce qui peut affecter les cultures implantées par la suite. Si vous prévoyez implanter une céréale d’automne après la récolte, il est important de choisir un herbicide efficace contre les mauvaises herbes visées dans la culture principale tout en respectant le délai requis entre son application et le semis de la culture subséquente afin d’éviter des problèmes de phytotoxicité. Le même principe s’applique à l’implantation des cultures de couverture.

Le tableau suivant présente les délais sécuritaires indiqués à l’étiquette entre l’application de certains herbicides et le semis du blé ou du seigle d’automne.
 
Nom commercial de l’herbicide* Matières actives Délai minimal (en mois) à respecter avant le semis
Blé d’automne Seigle d’automne
Armezon Pro Topramezone/ Diméthénamide-P 4 n.d.**
Authority supreme Pyroxasulfone/
sulfentrazone
4 n.d.
Bifecta EZ Métribuzine/
flumioxazine
4 n.d.
Boundary LQD S-métolachlore/
métribuzine
Les cultures-abri ou ensemencées à l’automne telles que le blé, l’avoine et le seigle peuvent être endommagées si elles sont ensemencées au cours d’une saison où l’herbicide BOUNDARY LQD a été utilisé.
Classic Chlorimuron-éthyle 3 mois (pH = 7,4)
4 mois (pH > 7,4)
n.d.
Convintro Corn Isoxaflutole/diflufenican 4 n.d.
Dual II Magnum S-métolachlore 4 ½
Frontier Max Diméthénamide-P 100 jours (3,3 mois) pour les céréales autres que le maïs
Pursuit Imazéthapyr 100 jours (3,3 mois) n.d.
Reflex Fomesafène 4 n.d.
Zidua SC Pyroxasulfone 4 n.d.
*Liste non exhaustive
**: n.d. : aucune mention à l’étiquette


La persistance de l’herbicide, c’est-à-dire la durée au cours de laquelle il est présent dans le sol, est toutefois influencée par le niveau de dégradation de la molécule, qui sera influencé par plusieurs facteurs, notamment par l’activité microbienne des sols, les conditions climatiques, le pH des sols, la structure et le niveau de matière organique du sol. Par exemple, les saisons qui suivent une année de sécheresse sont plus propices à la phytotoxicité. 

Les délais sécuritaires entre l’application des herbicides et le semis de la culture subséquente sont également présentés dans le tableau 3.3 du Guide de lutte contre les mauvaises herbes - Grandes cultures (publication 75A-F, 2021). Comme cette publication n’a pas été mise à jour récemment, validez toujours l’information en consultant l’étiquette du produit. Si le délai n’y figure pas, consultez le fabricant.
 
 
Toute intervention envers un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des pesticides et de leurs risques.



Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l’avertisseure du sous-réseau Grandes cultures ou le secrétariat du RAP. Édition : Marie-Edith Cuerrier, agr., M. Sc. et Sophie Bélisle (MAPAQ). La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.

Organisation : Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ)
Auteur(s) : RAP - Grandes cultures
Date de publication : 29 mai 2026
Infolettre Grandes cultures

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