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Cultures maraîchères en serre, Avertissement No 8, 26 juin 2020

Réseau d'avertissements phytosanitaires Avertissement - Cultures maraîchères en serre
La chaleur intense des 2 dernières semaines a causé bien des stress aux plants, une perte de vigueur, des brûlures foliaires parfois importantes et divers désordres aux cultures maraîchères en serre . À cela s’ajoutent des débuts de moisissure olive et une progression des tétranyques (avertissement Nº 6) et des thrips (avertissement Nº 2).

 
CANICULE ET GESTION CLIMATIQUE
 
La période de chaleur intense des 2 dernières semaines a laissé des traces : perte de vigueur, nouaison faible, feuilles flétries, brûlures, réduction de la qualité des fruits (fruits mous, fendillements, russetting…), perte de la couleur et de la quantité de racines. Dans tous les cas, il faut améliorer la consommation en eau de vos plants en favorisant la transpiration.

La transpiration reste un mécanisme très important tout en servant de refroidisseur, quelle que soit la culture. Dès que l’humidité relative passe sous la barre du 55 %, la transpiration cesse parce que les stomates des feuilles se ferment pour se protéger de la déshydratation. L’absence de transpiration a plusieurs effets négatifs : augmentation de la température foliaire et ambiante, arrêt de fabrication des sucres que la plante brûle pour sa respiration et arrêt de transport de certains éléments nutritifs clés, comme le calcium, le bore et le potassium, des racines vers les organes en croissance.

Souvent, le niveau des sucres baisse tellement que les feuilles les plus exposées au soleil, celles de l’apex, deviennent molles, flétries, noircissent ou sèchent (photos ci-dessous). Cela est un signal provenant de la plante qui indique qu’il faut faire attention de garder un niveau d’humidité relative plus grand que 55 % dans la serre. Lorsqu'il fait 28 ºC dans la serre, le taux d'humidité devrait se situer entre 55 et 65 %, et non pas à 80 % ! En visant ces valeurs, les plantes sont en mesure de bien « travailler » une bonne partie de la journée, lors d'une canicule.
 
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Photo : Régis Larouche, agronome-consultant

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Photo : Catherine Sylvestre (CRAM)

  

 

En temps de canicule, il faut tirer plein profit d’un matin froid afin de maintenir la vigueur des plants. Pour garder la moyenne de température la plus basse possible, viser 17-17,5 ºC le matin est idéal. Quand on entre dans les serres le matin et qu’on sent de la fraîcheur, ce n’est pas un problème tant qu’il y a assez de fruits par plant (exemple : beefsteak 22 tomates/plant). Beaucoup de lumière et une basse température gardent la vigueur de la plante. Un matin froid garde la serre plus fraîche alors que la température monte automatiquement durant le jour, à cause de la canicule.

Quand les toits sont ouverts à 100 % dès le matin durant une journée ensoleillée, la température de la serre n’augmente pas rapidement, ce qui réduit le danger de former de la condensation sur les fruits, une des causes importantes du russetting ou microfendillement. Durant l’après-midi, une réduction de l’ouverture du toit du côté du vent peut être nécessaire si l’humidité est basse et si le vent se lève. Réduire le nombre de changements d’air va permettre d’augmenter le CO2 dans l’air tout en augmentant l’humidité relative. Les plants restent actifs et transpirent, ce qui réduit la température dans la serre. Cependant, il faut toujours vérifier que la température ne monte pas; en pareil cas, il est préférable de rouvrir au maximum les toits.


Recommandations 
  • Arroser avec de l’eau un peu plus froide (17-18 ºC) lorsqu’il fait très chaud.
  • Favoriser la consommation d’eau par une réduction de la salinité au goutteur quand c’est ensoleillé et une réduction de la salinité au drainage. Viser un écart entre ce qui est apporté et ce qui est drainé équivalant à 1,5 mS/cm2.
  • Programmer un arrosage de nuit plus court, simplement pour maintenir le contenu en eau des sacs de culture plus élevé. La pression de turgescence peut être élevée, tôt le matin. La première irrigation devrait être donnée quand la plante est bien active. En canicule, on ne doit pas voir le premier drain avant le troisième cycle d'arrosage.
  • Garder l’humidité un peu plus élevée durant toute la journée. Ne pas évacuer l’humidité relative trop rapidement le matin. Anticiper les conditions qui surviendront durant la journée.
  • Blanchir les toits permet d’abaisser les températures de nuit quand c’est très chaud dehors. Souvent, un blanchiment des toits (20 %) permet de garder plus fraîche la température à l’intérieur de la serre, tout en permettant de retarder l’ouverture des toits et de maintenir la température foliaire plus faible. Une température trop élevée durant 24 heures n’est pas désirable, surtout pour la floraison. À forte intensité, la température des fleurs peut être 5 ºC plus chaude que la température ambiante. À 35 ºC, le pollen se détériore, ce qui montre que dans certaines conditions, la nouaison devient impossible (bulletin d'information Pollinisation de la tomate par les bourdons : c’est tout naturel!).
  • Si la vigueur est faible, tailler les grappes avec moins de fruits; on peut même enlever 1 grappe complète si la vigueur est trop faible.
  • Ajouter un biostimulant aux racines (ex. : Trichoderma, algues, Bacillus).
  • Garder un nombre suffisant de feuilles. Plus de feuilles favorisent plus d’humidité dans la serre.
  • Garder 1 feuille « drapeau » par grappe (1 fois/semaine en général) dans le but de protéger de l’insolation, et d'augmenter la surface foliaire et la vigueur. La feuille drapeau (flagleaf) est un drageon qu’on étête pour conserver une seule feuille (photo); celle-ci fait consommer de l’eau et fournit des sucres supplémentaires à l’apex.
 
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Photo : Régis Larouche, agronome-consultant



MOISISSURE OLIVE (CLADOSPORIOSE)
 
La moisissure olive (Fulvia ou Passalora fulva) doit être traitée dès les premiers symptômes, car les dommages sont fulgurants sous une humidité relative élevée (85 % et plus) et prolongée. Les variétés de type Heirloom ou ancestrales sont particulièrement à risque. Depuis quelques années, on remarque que des variétés jusqu’alors tolérantes ou résistantes démontrent une sensibilité à la moisissure olive, qui s’expliquerait par l’apparition de nouvelles races du champignon pour lesquelles il n’y a pas de résistance variétale génétique. L'Université de Cornell mentionne quelques variétés présentant une plus grande susceptibilité sous tunnels.
 
Soyez attentif aux premiers symptômes qui se présentent sous forme de petites taches jaune pâle sur le dessus. En retournant la feuille, on peut apercevoir un léger feutrage blanc qui prend une teinte brun olivâtre par la suite.
 
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Photos : Liette Lambert, agr. (MAPAQ)



Méthodes de lutte
  • Favoriser une meilleure aération autour des plants.
  • Éliminer les feuilles infectées et celles au sol (inoculum).
  • Utiliser des engrais à faible teneur en sodium, puisque ce dernier stimulerait le développement du champignon.
  • Diminuer le nitrate de calcium en augmentant légèrement l’ammonium (NH4+), car le champignon a besoin de calcium et de nitrates pour se propager dans le plant.

Quel que soit le produit, effectuer l'application avant 9 h, car la propagation des spores se produit généralement entre 10 h et 12 h. Assurer une bonne couverture, tant sur le dessus que sur le dessous du feuillage. La buse Teejet 6003 offrirait la meilleure couverture.
 
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Photo : Liette Lambert, agr. (MAPAQ)

 


Produit phytosanitaire homologué
OXIDATE 2.0 (peroxyde d’hydrogène et acide peracétique) est le seul produit homologué spécifiquement contre la moisissure olive et est permis en agriculture biologique.

Efficacité de produits biostimulants, biofongicides ou fongicides homologués en serre contre d'autres maladies

Produits biostimulants
Utilisez un agent mouillant aux propriétés acidifiantes comme le Yucca en combinaison avec un produit biostimulant (ex. : un engrais lactofermenté de type Organo-San ou à base de Bacillus ou d’extraits de plantes (algues ou autres), à moins d’indications contraires sur l’étiquette. Des essais démontrent une bonne efficacité.

Biofongicides
D’autres recherches réalisées en 2015 ont permis de constater que CEASE ou RHAPSODY (Bacillus subtilis souche QST 713) sont également efficaces si utilisés au tout début de l’infection, en prévention. Des observateurs rapportent également que certaines formulations de chitosane (extrait de carapace de crustacées) diminuent l’incidence de la maladie par son effet biostimulant. D’autres essais d’efficacité réalisés sous tunnel dans l’État de New York ont permis de constater qu’il n’y avait aucune différence significative d’efficacité entre le fongicide OXIDATE 2.0 et les biofongicides DOUBLE NICKEL (Bacillus amyloliquefaciens souche D747) et REGALIA MAXX (extrait de Renouée de Sakhaline), comme mentionné dans Hortidaily, en avril 2019.

Fongicides
Selon des essais réalisés en Grande-Bretagne, CYPROFLU ou PALLADIUM, qui équivalent au fongicide SWITCH (champ), seraient efficaces, suivis par PRISTINE. Ces fongicides sont toutefois homologués en serre contre la moisissure grise et le blanc uniquement.

Consultez la fiche technique IRIIS phytoprotection sur la moisissure olive.
 
 
En raison de la crise de la COVID-19, le Québec pourrait faire face à une perturbation de son approvisionnement d’équipements de protection individuelle (EPI) au cours de l’été 2020, laquelle perturbation pourrait mener à une pénurie. En toute circonstance, le respect des étiquettes des pesticides et le port d’EPI approprié sont obligatoires (article 36 du Code de gestion des pesticides). La meilleure protection contre l’exposition aux pesticides est de porter un équipement de protection individuelle. Si vous n’êtes pas en mesure de vous procurer un EPI :
  • Ne pas appliquer de pesticides sans les EPI appropriés. Assurez-vous de porter les protections prescrites sur l’étiquette.
  • Si possible, retardez les applications jusqu’à l’obtention des bons EPI.
  • Utilisez des produits à moindre risque pour la santé (consultez SAgE pesticides) pour connaître les IRS des produits) ou pensez aux solutions de rechange.
  • Utilisez, s’il y a lieu, des pesticides qui pourraient être appliqués avec des EPI actuellement disponibles ou réutilisables, comme des gants lavables et réutilisables.
Advenant un manque dans l’approvisionnement des EPI, veuillez contacter votre fédération régionale de l’UPA pour les informer de la situation. Des démarches sont en cours pour assurer la disponibilité des équipements.
 
Toute intervention de contrôle d’un ennemi des cultures doit être précédée d’un dépistage et de l’analyse des différentes stratégies d’intervention applicables (prévention et bonnes pratiques, lutte biologique, physique et chimique). Le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) préconise la gestion intégrée des ennemis des cultures et la réduction des risques associés à l’utilisation des pesticides.



Cet avertissement a été rédigé par Liette Lambert, agronome (MAPAQ) et Régis Larouche, agronome-consultant, en collaboration avec Jean Brunet (Organonatura-EcoTech) et Catherine Sylvestre (CRAM). Pour des renseignements complémentaires, vous pouvez contacter l'avertisseure du réseau Cultures maraîchères en serre ou le secrétariat du RAP. La reproduction de ce document ou de l’une de ses parties est autorisée à condition d’en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite.
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Organisation : Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ)
Auteur(s) : RAP - Réseau Cultures maraîchères en serre
Date de publication : 26 juin 2020
Infolettre Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP)

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